‹ Lettres de Madame de Maintenon (volume 2)Chapitre 8 sur 80 · LETTRE PREMIERE · texte numérisé non relu

LETTRE PREMIERE

Sur les jnouvemejits intérieurs.

JE n'ai garde , madame , de vous refii^ ser lesconseils que vous me demandez , sur-tout dans une aflaire aussi sainte et aussi im^portante que îe discernement des desseins de Dieu sur votre a me , et votreavancem.ent dans îa véritable piété.

Il y a eu assurément beaucoup du côté de Dieu dans tout ce qui s'est passé en vous depuis le retour que la grâce vous a fait faire vers lui. M^'^" on a eu

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raison de vcns dire cj^'il ne faîioit pas prendtc pour des irispiraticns * ni pour des mouvements de Dieu , toutes les pensées qui nous venoient dans l'esprit. On auroit pu ajouter , que quand même ces mouvements auraient été formés dans le cœur par la grâce , ce n'étoit pas toujours une marque que nous dussions I^s suivre tous , puisque nous voyons bien que nous ne le pourrions , sans nous jeter dans Finquiëtude et dans le trouble , qui est ce que Dieu ne veut pas. La prudence doit tout régler : souvent Dieu nous montre des choses élevées au-dessus de nous , seulement pour nous humilier et pour exciter notre désir , comme nous voyons que l'on montre de loin aux enfants de certains objets pour les attirer ^ quoiqu'^on ne veuille pas encore les leur donner, parce qu'ils ne leur conviennent pas encore. On prétend par cet appât leur apprendre à estimer les choses estimables, et à les désirer , jusqu^à ce qu'ils soient cnpables d'y atteindre. Vous me demanderez, coniment connoître tout cela ? par l'obéissance : et c'est ce qui rend cette vertu sinécessaire , principalement quand on est conduit dans la voie où Dieu semble vous attirer : sans cela , on est endanger, ou de manquer aux inspirations

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qui nous indiquent la volonté de Dieu , ou de tomber dans une multiplicité de pensées et de vues qui nous fariguent, qui font naître dans l'intérieur une espèce de dispute et de chicane conti-nuelle , et qui enfin nous épuisant de fatigues , de souffrances et d'ennuis , nous jettent dans le découragement , dans la tiédeur : et c'est ce qui arrive particulièrement aux naturels vifs , comme me paroît être beaucoup le vôtre : et c'est en eflet justement ce qui vous est arrivé. Le remède , c*est de demander promptement à celui quia soin de votre ame , à quoi vous devez vous en tenir : exposez-lui en peu de paroles ce que vous cruyez que Dieu demande de vous , et faites exactement ce qu'il vous dira :

mais aussi bornez-vous pour le présent à n'en pss faire davantage , de peur d'entreprendre imprudemmeriî par-dessus vos forces , et de vous accabler. Vous n'avez pas encore d'ailes pour voler : contentez-vous de marcher à terre; mais marchez toujours , et répondez aux inspirations qui vous porteront au âelh de vos bornes : répondez, cis-^ie , avec St. François de Saies : » Ce n'ci^t ]}as par » infidélité que je ne fais p::s cjIï 5 ni-iii

?^ nour obéir ^^

ao. Let. de m. l'Ev. de Chartres

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