‹ Lettres de madame de Maintenon (volume 4)Chapitre 125 sur 243 · LETTRE CXXXVII · texte numérisé non relu

LETTRE CXXXVII

I7CQ« à St. Cyr, ce 31 janvier.

JE fuis fâchée que la préfence de M. le M. de Noaiiles accoutume le roi à ne vous pas écrire. Car ce commerce feroit bon. Il y reviendra.

Le roi a de la peine fur les trois jours gras que vous voulez retrancher du carna* val. Les bals ne lui font pas encore indifférens. Mais il finit toujours par dire, qu'il veut être fournis & vous laiiïèr faire. Je crois , AJonfeigneur , qu'il faut accepter cette foumiffion , afin de l'accoutumer au bien, même malgré lui. Je lui dis, que ces trois jours-là retrancheroient bien des dépenfes & bien des péchés. La religion eft peu connue à la cour. Au-lieu de s'accomoder à elle , on veut l'accomoder à foi. On craint la lumière , qui montreroit trop de chofes effraïantes. On en admet toutes les pratiques extérieures : on en néglige l'e/prit. Le roi ne man*

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quera pas à une ftation ni à une abftinence. Mais il ne comprendra point qu'il faille s'humilier, fe repentir, fe couvrir du fac & de cendre , aimer Dieu plutôt que le craindre.

Je lui parlai hier des conciles provinciaux *. Je lui redis tout ce que M. de Meaux m'en avoit appris le matin. Je voulus citer fortement cet évêque , parce qu'il ne paffè pas pour être (1 dévot que ceux qui me parlent quelquefois. Jamais je n'ai trouvé le roi plus ferme , plus impénétrable , & plus défiant. Je lui montrai enfuite une lettre que m'écrit Madame de Mondonville qui demande la liberté , ou du moins quelque adouciflèment à fa prifon. Je lui dis que tous les exilés contre les formes tourmenteroient tôt ou tard fa confcience. J'eus pour toute réponfe : » j'en ai toujours vu ufer ainfi » en pareille occafion «. Je ne devrois pas, Monfeigneur, vous montrer mes peines, qui ne feront qu'augmenter les vôtres.

Mais je ne veux rien vous cacher. Si je l'aimois moins , depuis long- terris je me ferois rebutée. Mais je lui dois la vérité.

* Ce fut M. l'archevêque de Rheims qui propofa le premier au roi les afTemblées provinciales pour l'acceptation du bref qui condamnoit le livre des "Maximes : les rainiftres s'y oppoferent : M. de Rheims préfenta un beau mémoire pour prouver que le roi a'avoit rien 4 craindre de ion clergé.

Et s'il plait à Dieu , je la lui dirai tant que je vivrai, quoique perfuadée que tant que nous aurons le P. de la Chaife, nous ne ferons rien. Je vis dimanche le P.

Bourdaloue , qui me témoigna combien fa compagnie étoit fâchée de ce que je paroiiïbis ne la pas aimer. Il m'en donna pour preuve l'éloignement qui eft entre le P. de la Chaife & moi. Je répondis , que ce n'étoit pas ma faute : & que j'étois prête à faire toutes les avances avec lui : que je n'étois d'aucun parti : que je ne tenois qu'à l'églife : qu'il favoit l'ef. lime que j'avois pour fa focieté, & pour lui en particulier , & pour tous ceux qui lui refïèmbloient : qu'il ne m'apartenoit pas de protéger ni de cabaler : que je devois penfer feulement au falut du roi : & que mon unique peine contre le P.

de la Chaife étoit fon averfion pour les dévots : je dois être dans ces fentimens: & j'y fuis , mais fans efpérance. Votre Mandement pour le jubilé fera certainement lu. Mettez-y des vérités fortes & touchantes. Je vous écris tout ce qui me vient dans l'efprit & j'abufe de votre pa* tiencei Confervez du moins votre fante'»

DE M A I N T E N O N. l6$

LETTRE CXXXVIU.

2 février. I7°^«

JAmais fuccès ne fut égal à celui du P. Séraphin. Toute, la cour en eft charmée : mais l'etfèntiel , c'eit que le roi a trouvé fon fermon très court , en a retenu une grande partie , & m'a dit que cet homme donnoit envie d'être dévot.

I Point de compliment : & l'on n'en eil point choqué. Il a dit qu'un roi étoit plus obligé qu'un autre à fçavoir l'Evangile , parce qu'il avoit à Tobferver & à le faire ol>ferver à fon peuple. Tout cela eft goûté : il en faudra voir la fuite. Le R. croit que ce fuccès va augmenter le nombre des ennemis du religieux : cette affaire a befoin de votre attention & de votre fageffè : j'ai cru devoir vous dira ce qui fe pafïè ici , afin que vous redoubliez vos foins pour empêcher l'éclat & pour ne vous pas laiiïèr furprendre.

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