LETTRE CXL
mardi gras. tJOfi^
VOtre ordonnance nous met tous^"" en trouble : quelque explication, je Vous prie , ou quelque adouci ffèment du moins. Vous connoirfèz la religion du rot & fa foumifïion pour les miniftres de l'églife.. Vous connoitfèz aufïï le befoin qu'il a d'aller faire de l'exercice à Marli , & d'y prendre quelques jours de repos ; fa famille eft grande , & fa fuite néceiïaire l'eft encore plus. Ne pourroit-il pas manger gras à une table avec les perfonnes qui ont le même befoin ? & ne peut-on pas dans le même lieu , n'en ayant point d'autre , mettre une table maigre ? Le roî compte bien de ne fouffrir qu'on ferve aucun ragoût. Quand il fera à Verfailles , faut-il qu'il fépare le foir fa famille , dont les uns font gras & les autres maigre ? Cette queftion eft pour le fouper. Car il dine toujours en particulier , quand il eft à Verfailles.
Mad. de Dangeau & Me. d'Hudicour & quelques autres mangent avec moi à Marli pour foulager les tables du roi , ôc pour manger à des heures plus convenables à leur mauvajfe famé. Voulez-vous
fut ' '
que je mange feule ? Ne m'accordez rien par complaifance, Monfeigneur. Car pour peu que je faflè mieux , ou que je puifïê fervir d'exemple , ces dames mangeront fort bien chez elles. Le roi ne peut empêcher qu'on ne mange de la viande chez foi, ni àMarli, ni ailleurs. Mais il n'en fournira à perfonne. Nous attendons votre xéponfe.
Le coi ne veut point de M. Rofe pouf fecretaire du cabinet. Il dit qu'il époufera bien fans charge Mlle, de Villefranche , dont il cft épcrduinent amomeux. Je trouve ce mariage bien difproportionné. Et je fouhaiterois à cette fille quelque vieux feigneur qui fut auffi touché de la beauté, que certaine perfonne de ma connoiflance que le refpecl: m'empêche de nommer.
Voilà ma réponfe , Monfeigneur , que je n'ai pas voulu différer jufqu'à mercredi.