‹ Lettres de madame de Maintenon (volume 4)Chapitre 129 sur 243 · Tome IV. H · texte numérisé non relu

Tome IV. H

T-ro,

confeffion & la communion , & les précautions pour détruire les fauiTes idées que le relâchement fe forme du jubilé. On comprend fort bien ici qu'il faut fe conférer de bonne foi , & s'acquitter exactement des jeûnes , des aumônes , des ftations , & du refte. Mais on ne compte point du tout qu'il faille fe convertir : & l'on demandèrent volontiers à quoi fert donc un jubilé , puifque fi l'on veut fe convertir , il eft bien fur , qu'on fera frapé même fans jubilé ? Voilà jufqu'où va notre ignorance. On ne veut pas, à la vérité, être damné. Mais il eft û difficile d'aimer Dieu & de changer de vie ! J'ai mis une croix au mot de débauché qui eft très bien placé , mais qu'on trouvera peut-être groffîer. Car à nous autres pécheurs délicats , il faut nous annoncer l'évangile avec des paroles de miel. J'ai mis une autre croix à ce mot de naturel, fur l'éloignement des facremens , parce que je ne l'ai pas bien entendu. Mais j'efpere , Monfeigneur , que vous n'y aure2 nul égard , & que vous me faurez gré de mon obéifTance , fans gâter par votre complaifance votre mandement.

On me dit que vous aviez jugé à propos de faire venir ici M, l'évêque de St. IPèul a & de chatfèr fon grand vicaire, Et

on me dit aufTi en riant que vous aviez parlé d'un concile provincial.

On ne m'a pas dit un mot de ce qui regarde l'érection de l'évêché de Blois.

Monsieur dit au roi , il y a quelques jours , que vous aviez permis de remettre le jubilé au tems de Pâques , & qu'il ne le feroit qu'alors. Le roi répondit : » & » moi j'efpére faire le mien , dès la première femaine «. Monsieur fe recria fur la différence des confeflfeurs , difant qu'autrefois les Tiens vouloient qu'il communiât tous les mois , quoiqu'il fut bien plus méchant qu'il ne l'eft aujourd'hui , & que celui- d'aujourd'hui * l'empcchoit de communier. J'interrompis pour dire, que c'étoit-là ce qui caufoit le déchaînement contre les jéfuites de voir qu'ils permettent les facremens en quel état qu'on foit. L« roi continua à dire , que Monsieur luî avoit conté qu'au commencement de la conversion de Me. la duchefle de V. Elle; ne communioit que deux fois l'an , enfuite tous les trois mois, & puis, tous les mois , & que préfentement c'étoit tous les quinze jours. Je louai la conduite du P. de la Bourdonnaye. Le roi pourfluvit, & me dit, que Monsieur ne trquvpit rien de û fcandaleux que de voir des gens

* Le F, de la Bourdonnaye , jéiuite.

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communier fans fe confeflfer : que M. de Beauvilliers communioit trois fois la femaine fans qu'on le vit au tribuual de Ja pénitence. Le roi répondit , que tous les gens de bien en ufoient ainfi, & me cita dans ce nombre. Vous voyez , Monfeigneur , qu'il s'accoutume : autrefois il étoit aufïî feandalifé que Monsiec .

Je crains bien de ne pouvoir entretenir le P. de la Chaife avant le jubilé. Nous devons retourner à Marli la feîxiaine prochaine. Je ne perdrai pas un moment à le voir. Si ce faint tems pouvoit le toucher ! Tant que le confeffeur eft endurci , qu'efpérer du pénitent? Ne vous rebutez pas. Parlez en pafteur dans toutes les occafions. On s'y fera , Monfeigneur. Le fonds eft plein de religion. Mais l'ignorance effc extrême : & le cœur n'eft pas encore frappé.

Ne croïez pas toujours M. le curé de Verfailles. Il eft rempli de droites intentions : mais il ne connoit pas ce péïs-ci. Il voudrait des chofes impof- Cibles.

Le roi eft furement mieux inftruit que les autres , & furtout que les gens comme M. de Meyercron, *.

* Henning Meyerkron, ambaffadeur de DanneîT.axc , mort en 1707.

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