‹ Lettres de madame de Maintenon (volume 4)Chapitre 130 sur 243 · LETTRE CXLIII · texte numérisé non relu

LETTRE CXLIII

mars. 1yCQi

SI ce que j'avois- a faire à St. Cyr mardi eut pu fe remettre , je n'aurois pas manqué de le faire : mais il falloit donner le voile à trois filles , qui auroient été bien affligées de n'être pas traitées comme les autres. M. le curé m'a dit ce matin que le jubilé commence ici , avec un zèle qu'il n'a pas vu dans les autres : j'efpere bien que vos travaux feront bénis , & que vous fouffrirez avec fermeté les contradictions.

Monsieur eft celui qui paroit le plus peiné de la pieté. Il dit l'autre jour au roi qu'il y avoit eu beaucoup de mafques , & de bals , & que l'on avoit défendu le jeu à la foire : que M. le Duc aïant demandé des dez, on lui en avoit refufé, & qu'aïant demandé du rogum, on n'avait voulu ni qu'il but, ni qu'il mangeât , que les crocheteurs , les porteurs d'eau ne pouvoient plus fe montrer les dimanches. Dans toutes ces plaintes qu'il faifoit fans y joindre aucune réflexion , on voïoit bien qu'il fentoit qu'il étoit devant des gens qui penfent à peu près comme vous , & qui l'em-

pêchoient d'en dire davantage : le roi ne répondoit prefque rien : quand Monsieur fut parti , il me dit que vous ne lui aviez pas parlé du jeu , mais qu'il craignoit pourtant que vous ne l'eufïiez défendu : & il m'a dit depuis qu'il étoit vrai que le jeu étoit compris dans les défenfes de Mrs. de la police , apparemment d'après vos vues. Le roi eft fage : il vous refpecle : il ne vous réfiftera pas : il me difoit hier qu'il ne chargeroit pas fa confcience , en s'oppofant à ce que vous voudriez , quand vous ne voudriez que le bien. Voilà fes difpofitions : du reite il craint les nouveautés en tout. Mais qu'il s'y accoutume , ce ne feront plus de nouveautés.

Vous favez ce que je vous ai mandé par 48 far 480. Il a dit au roi que vous vous étiez mis derrière M. de Lamoignon. La haine qui étoit entre eux eft encore augmentée. M. de Lamoignon (entre vous & moi) eft mai avec 100. L'union de 4-80 avec vous feroit plus importante pour le bien public. C'eft à votre prudence à la ménager.

J'ai déjà parlé fur la Trappe, conformément à vos intentions. Je crois qu'on veut confultcr 8c. Je ne fai rien fur M. de Rouenette. Le roi m'a dit que vous en fefîez grand cas , à l'occafion de M. i'évêque de Châlons , à qui vous deviez le

DE MAINTENON. I7J

prêter quelquefois. Vous ferez très bien, Monfieur , de parlera 100 fur les mauvais offices qu'on rend aux gens de biens & fi l'affaire de la Trappe n'eft point confoinmée , de lui en dire un mot : ne fut-ce que pour accoutumer fes oreilles à entendre la vérité.

J'ai reçu une lettre anonime , qui me querelle fur ce qu'on donne la liberté tout l'été de fe faire tuer & ruiner , & que l'hyver on défend les divertiiïèmens. On ajoute qu'aufïitôt que les troupes feront affemblées , elles pafTeront aux ennemis. Cette lettre n'eft rien : je n'en ai rien dit.

Madame de St. Geran m'a demandé une audience : & en m'affurant qu'elle vouloit être dévote & très dévote , elle a voulu me perfuader de la faire aller à Marli. Je lui ai parié avec une grande franchife fur fa mauvaife conduite. Je l'ai renvoiée à Me. la M. de Noailles pour juger fi , pour fe détacher du monde , il faut aller à Marli. Que de converfions fauffès ! le péché vaut encore mieux que Phipocrifie.

J'attends 28 pour Tenvoier prier de me voir : je lui parlerai du P. de Stç. Marthe & de Madame de Mondonville,

J'ai eu de grands commerces avec 25, qui roulent toujours fur le chef des mo-

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dernes : mais nous ne nous perfuadons ni l'un ni l'autre. La froideur entre les clames & moi augmente tous les jours.

Je fais mon jubilé : & je prie de bon cœur pour vous. Je vous conjure de vous intérefïèr à mon falut.

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