LETTRE CLI
23 avril.
LE Père Séraphin a foutenu fon carême , & le finit hier de manière à faire pleurer les plus durs. Il m'eft venu voir ce matin & m'a parlé de fes affaires. Je lui ai confeillé de les traiter avec vous, Monfeigneur : & il s'y difpofe. Il a pris congé du R. dans mon antichambre , 6c en a reçu plus de louanges que tous les prédicateurs enfemble n'en ont donné à S. M. depuis trente ans. M. le M. de Noailles en a entendu une partie. Le R. doit vous parier là-deiïùs : c'eft à vous â vous déterminer. Comptez que c'eft fans entêtement, fans exagération, que je v
de Maintenu n. 185
dis que jamais homme n'eut un tel fuccès , & que le R. & Monfeigneur en particulier en font touchés fufqu'à la tendreiïè pour fa perfonne. Je crois de la gloire de Dieu de ne pas fcandalifer cet homme.
Le père de la Chaife ne perd plus d'occafion de me voir , & vint m'annoncer hier que le roi prenoit l'abbé de Cailus * pour aumônier : nous eûmes enfui te une longue converfation. Je vis que le roi n'eft pas fi docile que je le penfois , & que le bon père lui donne de très bons confeils : il m'exhorta fort à le prêcher , en m'aflurant que perfonne ne le pouvoit mieux que moi. Nous nous excusâmes l'un l'autre : & nous étions de même avis. Mais j'allai parler d'amour divin , & là-delïus , on me voulut perfuader qu'il y en avoit un très parfait dans la crainte : ainfi nous nous féparâmes , après avoir un peu difputé.
Il eft charmé des difpofitions de Monsieur.