LETTRE CXCV
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E roi me parut difpofé à parler com- )mé vous le trouvez à propos, Monfeigneur , & à fe contenter d'éloigner cet homme fans air de difgrace. Il m'a dit que vous étiez convenus , qu'il ne faloit pas donner cet ordre à la première vifite du bon père y a£n qu'il ne foupçonnât pas qu'il fut fuggéré par vous. Je doute fort du fucceffeur que vous me nommez : & on pouffera celui-ci , le plus loin qu'on pourra. Les nouvelles d'hier au foir quijviennent
de Maintenu n, 24$
par l'Efpagne nous font voir l'avantage de notre combat naval*, encore plus grand que nous ne le favions. Choifeuil a été tué : l'amiral Hollandois a fauté : & il refte fî peu d'hommes fur la flotte ennemie, qu'à peine en a-t'elle pour la manœuvre. Ils ont quitté le détroit : & notre flotte va à Gibraltar , voir fi l'on peut en faire le fiege. Voilà les chofes au vrai. Il faut les répandre avec des exagérations , pour raffùrer les peuples qu'on dit bien efTtéïés.
Je fuis ravie des difpofitions que vcus avez faites pour des prières. M. de ChamilJard m'écrivit fur ce chapitre , il y a quelques jours , d'un ton 11 raifonnable que j'en fuis encore étonnée , iroi qui vois tous les jours ces Meilleurs dans l'idée que , pour être un bon miniftre , il faut être un mauvais chrétien.
Je me porte fort bien , quoique mon coeur foit très ferré. Le roi eft dans les difpcfîticns qu'on peut lui défirer. Sa pieté , fon courage augmentent avec les revers , & ajoutent à l'attachement qu'on a pour lui. Il ne tranfpire rien de la douleur dont il eft déchiré. Hélas \ nous fouffrons de grands maux : nous en méritons de plus grands encore. J'ai toujours ap-
* A la hauteur île Malaga. entre l'amiral Rccock 8c le comte de Toulcufe,
préhendé la punition du luxe & de l'ambition. Dieu ne s'apaifera-t'il point ? il y a tant de bonnes âmes qui le prient! J'ai eu quelque joie de ce que le roi a fait pour le marquis de la Valliere, & de la réputation que celui-ci a aquife dans notre malheureufe affaire. Le comte de Touloufe s'explique bien honnêtement fur le marquis de Cœuvres , & dit dans fa lettre particulière qu'on lui doit tout ce qui s'eft paffé dans cette journée. Le pauvre de Relingue eft mort. On mande que tous ceux qui ont été bleiïes confldérabiement ont eu des convulfions, & qu'ils en mourront. Que de fujets , que de héros perdus, Monfeigneur| Et quelle fureur de s'entre-tuer ainfi ! On croit que le marquis de la Valliere viendra fur fa parole. M. le D. de Chevreufe a fait ici un étrange voiage , pour demander tout ce qu'avoit fon fils, jufqu'aux logemens. Me. d'Hudicourt dit , qu'un quiétifte ne peut être affligé : je n'ai donc jamais été quiérifle.