LETTRE CCXII
à Marli , ce 5 novembre,
C''Est un manque de prévoïance de Ma part de M. d'Argenfon de n'avoir pris nulles mefures avec vous pour mettre des filles à Sr. Denis : elles n'y font qu'en entrepôt : ce font des fœurs converfes. Le roi eïï très fâché de votre peine , & m'ordonne de vous le dire. On n'a eu nui deiTein de vous rien cacher de tout ce qui s'eft pafle dans la féparation de cette niaifcn : vous y êtes entré comme on pouvoit le defirer : & ce n'étoit pas un tems à prendre pour vous fâcher. Je vous allure que vous feriez content , fi vous aviez vu la peine que le roi à eue, quand je lui ai fait vos plaintes. Vous favez que loin d'être fiâteufe , je ne fuis que trop fincere. Je voudrois de tout mon cœur que votre pauvre demoifelle put nous convenir : ce feroit une bonne oeuvre de la tirer de l'état où elle eft : f3 fituaticn me fait pitié : & c'eft le fentiment auquel je m'accoutume le moins. Vous êtes trop bon de penfer à ma fanté : je ne dois plus efpérer d'en avoir : mais je vous fuplie de demander mon falut, & de croire que je voudrois de tout mon cœur vous
ôter toutes les peines que vous avez. J'efpére que nous verrons bientôt notre cher duc de Noailles. Son mérite & mon amitié augmentent tous les jours.