LETTRE CC XVIII
JE mourois d'envie , Monfeigneur , de favoir de vous , fi vous étiez content du roi. Car ce qu'il me fit l'honneur de m'en dire me parut plein de douceur & de bonté. Dieu veuille que tout puiiTe fe traiter ainfî , & que ce nuage fe diffipe (jl y a trois lignes de rayées dans la copie que j'aï) on ne vous propofe point de violences contre eux. Il n'en faut jamais que contre ceux qui refufent hautement de fe foumettre à ce qu'une autorité Légitime a décidé. Quant aux autres , il faut , Monfeigneur , les ramener par la douceur & par le bon exemple : vous pouvez leur montrer, avec une doctrine pure , . cette morale févere dont iis fe parent , & qui met dans leur parti plufleurs perfonnes qui cherchent Dieu ôc qui ignorent qu'il n'eft jamais dans les cabales. Je don-nerois de mon fang pour entendre dire : M. le cardinal eft bien déclaré contre les janféniftes. Je voudrois que vous puffiez voir l'uniformité des foupçons fur vous , depuis les prélats jufqu'aux plus petites religieufss : M. le cardinal n'eil point janfénifte , mais il les ménage : M, le cardinal u'eit point janfénifte , mais
de Maintenu n,
il eft obfédé par eux : M. le cardinal n'cft point janfénifte dans le fonds , mais Ton inclination eft pour la cabale.: M. le cardinal n'eft point janfénifte , mais ils fe parent de lui , quoique dans le cœur ils en foient très mécontens. Voilà , Monfeigneur , ce que j'entends dire tous les jours, & qui me perce le cœur. Ce qui me confole , c'eft que je n'ai pas encore trouvé une perfonne , qui vous accufe de janfinifme, ni aucune qui ne vous biâme de n'être point hautement déclaré centre eux. Vous voiez , Monfeigneur , le defordre de ma- lettre : revenons au fait : la difgrace de M. de Chartres eft publique : il en eft plus touché que je ne l'aurois pu croire de fa fainteté. Mais la caufe qu'on en dit fait encore contre vous : ne demeurez point pour lui, même comme vous êtes, Monfeigneur. C'eft l'homme du monde qui vous honore, refpecle, & aime le plus. J'en ai des preuves convaincantes , & vous le favpz bien. Je ne puis voir d'autre caufe de votre éloignement pour lui, que la vivacité contre le janfénifme r & cette caufe m'affligeroit plus pour vous que pour lui. Croïez , Monfeigneur, que c'eft le zèle que j'ai pour vous , qui me fait parler avec tant de liberté. Au nom de Die. , revenez pour ce faint évlque ; faites finir ce qui fe dit là-deflus î
on ne perfuadera à perfonne qu'il veuille votre place. Je ià\ ce qu'il penfe fur votre famille : je luis un témoin bien inftruit : je ne puis le regarder brouillé avec vous , ians vous accufer d'injuftice : raccommodez-vous donc, je vous en conjure, quand ce ne ieroit que pour l'amour de moi : mais que cela ne paroiffe point, & que ce foit par M. de Toul, G vous l'avez encore auprès de vous.
Le roi remet au retour tout ce qui concerne *cette malheureufe affaire. Il eft fort queftion dans les derniers papiers d'un M. Reilhac avec vous. Je ne lai (î je dis bien fon nom. J'ai lu l'article du fieur Domergue. Les jéfuites n'y ont point de part. Ils ont donné une lifte : & le roi choifit celui-là, parce qu'il efl: frère d'un homme que j'avois vu à Maintenon & qui fefoit mes affaires. Je fuis ravie , Monfeigneur, que vous aïez vu dans le roil'eltime, la confidération > & l'amitié qu'il a pour vous ! plus vous vous attacherez à lui , plus vous l'éloignerez de la domination des jéfuites , & plus vous ferez en érat de protéger tous les évêques qui ont fouvent des affaires à démêler avec eux.
Au relie , notre mariage eft déjà rompu : Madame Dangeau veut que fa belle-fille foit dame du palais : & le roi n'en veut pas abfolument augmenter le nombre.
DE MaINTENON. 277
Je me porte trcs bien, malgré plufieurs peines : vous foulagez la principale par î'efpérance où je fuis que ce qui vous regarde fe terminera heureufement : car il n'y a perfonne au monde , Monfeigneur , qui ait pour vous* des fentimens plus tendres & plus refpeftueux.