‹ Lettres de madame de Maintenon (volume 4)Chapitre 208 sur 243 · LETTRE CCXXXII · texte numérisé non relu

LETTRE CCXXXII

à St. Cyr , ce 13 février. 1710!

UN e demoifelle de St. Cyr eft rêve- mmmm nue de G orner- fontaine , & m'a pénétrée de trifteiïè. Notre abbefïe fouffre beaucoup : on mange du pain d'orge très dur & très noir : on retire les penfionaires : un de mes gens va reprendre fa fille que j'y avois mife : celle que j'ai ici eft très feche , & marque bien la famine qui eft dans cette maifon. Faites une petite quête dans la vôtre , Monfeigneur , pour une fille de condition , de mérite , affamée , & votre parente. Je vois quinze ou vingt louis dans votre famille, fi chaque perfonne en veut bien donner un. Une de vos dames du palais obtiendroit une quête de Me. la D. de Bourgogne , fî elle la vouloit bien demander. Vous me direz , Monfeigneur % que je n'aurois qu'à le faire. Mais en vérité, il n'eft pas jufte que tout tombe fur moi. Ce petit fecours donneroit du blé, pour mêler avec l'orge jufqu'à la récolte,

Je vous envoie les cent écus que vous me faites donner à votre dame Allemande. Je ne doute pas qu'elle n'en ait grand befoin. Mais je n'ai nulle raifon de la préférer à tant d'autres miferes qui nous environnent : ck je vous avoue que mon inclination m'auroit portée à donner plutôt cette petite fomme à Me. de Gomer-fontaines que j'aime , qu'à une étrangère que je ne connoîs pas. Mais tout ce que vous faites , Monfeigneur , eft bien fait. Qu'il eft trifte d'avoir à retrancher fes charités , quand la mifere augmente ! Dieu veut que nous la rétentions s en nous privant des moyens de la foulager dans les autres.

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