‹ Lettres de madame de Maintenon (volume 4)Chapitre 209 sur 243 · LETTRE CCXXXIII · texte numérisé non relu

LETTRE CCXXXIII

à St. Cyr , ce 9 juin,

E roi a lu votre mandement , Monseigneur , & a mis un trait de plume à deux endroits qu'il m'a ordonné de vous expliquer. Le premier eft fur le mot de demander la paix , qu'il croit n'être pas de fa dignité : vous le changerez aifémt rit. Le fécond eft fur l'ufure : il croit qu'il feroit bon dans ce rems-ci d'appuyer un peu plus fur l'ufure par rapport à l'argent , & encore plus fur celle du blé qui

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eft contraire à la nature , & abominable même parmi des payens.

Le roi a reçu quelques avis , fur ce que les peuples ne font pas aftez inftruits , ni affez éclairés fur ce qu'ils lui doivent. C'eft à lui à les conferver , à les défendre : mais il ne le peut fans leur feeours. Travaillez fur cette idée : & Ton vous fera obligé. Je croirois ces inftrucKons plus néceftaires à Paris , où tout l'argent eft fi bien renfermé , que dans les provinces qui ne font que trop épuifées par ce qu'elles donnent au roi. On en a dit un mot au père le Tellier.

J'ai dit tout ce qui eft dans votre lettre au roi , qui Ta reçu comme il le doit de fon archevêque. 11 a diminué fa table à Marli : il a envoie fa vaitfèlle d'or à la monoye : il a donné fes pierreries à M. Defmarets pour les mettre en gage , û on le peut. Il fera toujours prêt , ditil , à fe dépouiller pou-r des peuples qui ont tant fait pour lui.

Je reçus hier un gros paquet du D.

de Noailles qui croit la paix faite , & qui raifonne fur ce pié-là : il a envoie un courrier à M. Chamillard , pour mander qu'il manque de tout : il prend du quinquina , il a la fièvre : je ne doute pas , Monfeigneur , que vous n'ayez de îes nouvelles. Je ne fçais quand on ren-

verra fon courrier. Tout va ici affèa lentement.

Votre mandement nous a paru très beau , quoique lu avec un peu trop de précipitation : la religion ne peut mieux fervir la politique.

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