‹ Lettres de madame de Maintenon (volume 4)Chapitre 211 sur 243 · LETTRE CC XXXV · texte numérisé non relu

LETTRE CC XXXV

à M^rli, 5 fevrier,

JE ne puis m'empêcher, Monfeigneur, de me réjouir avec vous de la prife de Gironne , qui nous inquiétoit par tant de côtés. Celui qui en a apporté la nouvelle ne fe peut taire fur le D. de Noailles. 11 dit au roi, qu'il avoit fuivi tous fes généraux , mais qu'il les furpaiïbit tous , qu'il avoit la prévoyance de Turenne , la valeur de Créqui, je ne fai quoi de la Frezeiiere , & le détail de Jaquier. Ce

font fes propres termes. Quoique fon récit fe fît à l'heure où d'ordinaire je m'endors, je vous affure qu'il ne m'en échapa pas un mot , & que cet homme m'a fait paffèr une bor\ne nuit. Vous me vintes bien vite à l'efprit, quoiqu'un peu fâchée contre vous de ne m'avoir point mandé que vous ne viendriez pas. M. Planque me dit que notre D. de Noailles eit très fatigué. Mais la joye le remettra. J'attends de vos nouvelles , & fuis &c.

LETTRE CCXXXVI.

du Cardinal de Noailles»

J7TI« le 6 février.

I le duc de Noailles avoit moins de part à la prife de Gironne , j'aurois eu l'honneur de vous prévenir & de vous témoigner ma joye d'un fuçeês utile au fervice du roi. Je fuis très fenfible à la' bonté que vous avez eue d'écouter avec plaifir , quoiqu'à une heure incommode, les louanges que M. Planque a données à fon général. Il me paroit qu'il n'eit pas feul à en parler de même , & que toute fon armée eft aufïî contente de lui : mais ie principal eft que le roi le foit : je m'en flate , car il me paroit qu'on ne pouvoit

mieux faire, & que l'événement eft important pour les affaires de Sa Majefté comme pour le roi fon petit-fils : je fens comme je dois- la bonté que vous avez que de penfer fi vite à moi pour cela , quoique fâchée contre moi fans l'avoir mérité. Il y a eu du malheur dans cette occafion, comme dans plusieurs avantures de ma vie , du malheur & point de faute. J'envoiai mardi un courrier exprès à Verfailles : & comme mon aumônier»

au grand n°z eft des amis de M".

Manceau dont je connois l'attention & la folidité , il lui écrivit de ma part pour le prier de vous dire , Madame , qu'un commencement de rhume avec le grand froid qu'il faifoit ce jour-là , & celui que j'avois eflfùyé la nuit & le jour de la dernière fête m'empêcheroit d'avoir l'honneur de vous voir mercredi matin. Je fuis bien mortifié que vous n'en ayez pas été avertie. Ma belle-fœur , qui le favoit , n'avoit garde de vous le msnder : elle vouloit m'efcamoter mon audience.

u jw mu - j'-.v'xr.a.s

Page 1