LETTRE CCXXXIV
à Marli , ce 8 janvier'
JE fuis ravie, Monfeigneur, de l'heureux effet de votre admirable lettre.
Quoiqu'incapable d'en juger , je l'entendis lire avec un grand plaifir & une grande attention. Mais vous favez que je n'ai que trop entendu difcuter ces matières là. Il me paroifïbit à chaque ligne qu'on ne pouvoit s'expliquer plus clairement & avec moins de ménagement. Depuis , j'ai reçu des lettres de fort habiles gens qui confirment mon fuffiage. La critiquera-t'on encore ?
J'ai toujours été malade : & je n'ai pu encore lire l'ouvrage entier de M.
de Nîmes *. J'ai jette l'œil fur quelques endroits : il me paroit très agréable.
Je n'ai pas l'efprit bouché fur cette matiere-là comme fur l'autre. J'ai de l'expérience : & mon attrait ne me permettoit
* Eiprit Flcchier.
de Maintenu n. 295
pas autant d'objettions que Flavie en fait. Je le ferai copier , puifque vous me le permettez, Monfeigneur, mais je crains de garder l'original trop long-tems.
M. de Bâville mande à M. Voifin , que le duc de Noailles a quinze pièces de canon qui battent en brèche le Fort Rouge, qu'il ne manque de rien, & que tout va bien. C'eft tout ce que nous en favons : & ce n'eft pas aiïèz pour nous.
Voilà le premier moment dont j'ai pu difpofer. Je fuis accablée de monde , & dans une très grande foiblefïè. Mon tempérament s'altère tous les jours : mes fentimens pour vous ne fe reiTentent point du déclin de mes ans.