LETTRE CCXLV
DU MEME A LA MEME
Paris-, ce mardi 23 juin. 17 II,
VOila, Madame, des exemplaires "^vm^i de ces harangues, plus corrects que la copie que j'ai eu l'honneur de vous envoier , où il eft échapé quelque faute au copifte & à moi. J'attendois vos ordres pour aller à Marii. Je ne veux fur cela que ce qui peut être le plus agréable au roi : un voïage eft fatigant dans cette faifon , fur-tout quand il eft joint à toutes les affaires dont je fuis chargé. Je fais tout ce qui eft poîïîble pour finir promptement notre aftemblée. J'ai un grand intérêt â l'abréger : mais il n'eft pas aifé en ce tems d'aiïùrer la levée de huit millions.
Je fuis bien aife & bien fâchée de l'efpérance que vous me donnez , Madame % de revoir bientôt le duc de Noailles : il vous portera fans doute des chofes fâcheufes : & il en trouvera ici.
Je tâche de conferver de l'égalité & de la douceur : & je tiens pour cela de mon mieux mon cœur à deux mains s mais pour de la joie , j'avoue que je ne vais pas jufque-là : vous n'en ferez pas
furprife , Madame: donnez-moi du moins , je vous fupplie , celle d'être bien perfuadée &c.
LETTRE CCXLVI.
Du MEME A LA MEME.
I7II. 25 juillet,
PErsonne n'a douté jufqu'ici , que les jéfuites ne fufîent la principale caufe de tout ce qui fe paiïè aujourd'hui contre moi : j'en avois déjà bien des preuves : mais en voici une nouvelle , capable de convaincre les plus incrédules.
C'eft une lettre qui eft tombée entre mes mains d'une manière fi extraordinaire, qu'on doit la regarder comme un coup du ciel , qui n'a pu foufrrir qu'une intrigue fi indigne & il dangereufe demeurât plus long-tems fecrette , &c qui l'a voulu découvrir fi clairement qu'il n'y eut pas la moindre ombre de doute.
L'abbé ci-devant jéfuite ( Bo:hirt^) ÔC toujours fort attaché à eux, encore plus à fa fortune, a écrit à M. l'évéque de Clermont fon oncle , âgé de près de quatrevingts ans , & naturellement foible , pour l'engager à figner contre moi une lettre au roi , qu'on lui envoie toute faite , &
de Maintenu n. 307
un mandement qu'on lui a déjà envoie tout dreffe. Je ne fai entre les mains de qui il mit d'abord fon paquet : mais il eft tombé en celles d'un prêtre , que l'un de ceux , qui l'avoient trouvé , alla confulter fur l'ufage qu'on en devroit faire. Ce prêtre , après avoir lu tout ce qu'il contenoit, voyant la confpiration faite contre moi , fe crut obligé de confeiller qu'on me le remit : ce qui a été exécuté.
Voilà, Madame , les pièces qui s'y font trouvées : la feule lecture vous perfuadera de là noirceur & des fuites dangereufes de cette cabale. Ma première penfée avoit été d'aller à Fontainebleau porter moi-même ces aftes : mais j'ai eu peur que comme on ne m'y attendoit pas , cela ne fit trop de bruit : & quoiqu'on ne le ménage pas contre moi, je veux toujours le ménager , tant qu'il ne fera pas néceiïàire pour le bien de l'églife.
J'ai l'honneur d'envoier toutes ces copies à Monfeigneur le dauphin : comme le roi l'a chargé de cette affaire , j'aî cru lui en devoir rendre compte. Je prends aufïi la liberté d'en écrire à S. M. Je vous prie, Madame, de vouloir bien lui rendre cette lettre.
L'affaire eft non feulement importante pour moi, mais pour la religion. C'eft
tyir,
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fe jouer d'elle , que de traiter ainfi fes premiers miniftres, & ce que Jçfus-Chrillr a mis de plus important entre leurs mains, comme le dépôt de la foi & de la doctrine. Au lieu d'attendre leur jugement!
& de les biffer décider devant Dieu , & félon les règles qu'il leur a prefcrites , on leur envoie des décidons toutes faites : & par qui ? par leurs fubalternes , qui n'ont aucun droit de prononcer , mais qui diftribuent les grâces , & dont le crédit fait peur à tant de gens. Quel renverfement , quel fcandale , & quel préjudice à la religion !
Vous le comprendrez aifément , Madame , & votre pieté vous y rendra plus fenfible qu'une autre. Je prie Dieu de l'augmenter de plus en plus , & de vous faire connoitre avec quel refpeét &c.