‹ Lettres de madame de Maintenon (volume 4)Chapitre 219 sur 243 · LETTRE CCXLVII · texte numérisé non relu

LETTRE CCXLVII

DU MÊME A LA MÊME

ce 11 août'

OUoique vous ne m'aïez pas fait l'honneur de m'aprendre , Me. , i'imprelTion qu'ont faite fur vous les pièces découvertes qui font aujourd'hui tant de bruit , je ne fuis pas moins perfuadé %

de Mainte non. $09

connoifïànt , comme je fais , la droiture de votre cœur , que vous en avez été très bleiTée : dans cette confiance, j'ai recours à vous pour tirer de cette découverte tout l'avantage qu'elle doit produire. Dieu ne l'a permife, ou pour mieux dire, ordonnée , que pour faire connoitre au roi l'abus que le père le Tellier fait de fa confiance , & combien il eft nécetfàire pour le falut de S. M. qu'elle la mette en de meilleures mains. Je crois devoir en confcience faire tous mes efforts pour l'y porter : aixfî quelque difficile que foie l'entreprife , je prends la liberté d'en écrire au roi, & de vousfupher, Me., de rendre ma lettre à S. M.

Je n'y cherche que fon falut , je ne prétends point me faire honneur dans le monde du fuccès, s'^lyen a. Je garderai religieufement le fecret de la propoiition que j'ofe faire. Si elle réuffit , comme je le demande à Dieu avec initance , la gloire en fera toute pour le roi : hé î que de grâces n'en reviendra-t'il pas à Sa Majefte \ Elle croira peut-être que le reffèntiment a part à mes remontrances y les faifant dans un tems où je fuis offenfé perfonnellement. J'ai fait d'abord devant Dieu ce que j ai dû pour vuider mon cœur de tout relïèntiment : je le tiens à deux mains félon la maxime & la pratique

3io Lettres de Mad.

de St. François de Salles , afin qu'il ne m'échape pas , & que l'amour-propre ne le féduife point : avec cette précaution je crois devoir agir pour le bien de l'églife & pour le. falut du roi : comment peut-on 1 efperer, tant qu'il fera dans les mains d'un confefïèur qui , ioin de le porter à la vertu par fon exemple , manque au premier principe de la probité & de la fincérité , s'étant offert d'affirmer avec ferment qu'il n'a aucune part à ce qui s'eft pafle , quoiqu'il en foit le principal auteur , comme le prouvent les pièces qui ont été découvertes par un coup de providence fi furprenant ?

Quel tort ne fera point à l'églife un confeffèur de ce crédit, qui ne fait pas difficulté de l'expofer à un fchifme pour fâtislaire fon acharnement contre moi , qui corrompt les évêques par des efpérances de fortune , qui les divife , les dégrade , au lieu de fe foumettre à leurs dédiions , les oblige de recevoir les Hennés & de les publier fous leurs noms, non feulement dans leurs diocèfes , mais dans le mien & dans toute l'églife de France ?

De quelles extrémités n'eft pas capable un efprit de ce caractère ? Vous favez , Me. , comment des gens de bien que vous eftimez en parlent. Je puis vous aiTurer

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que c'eft un fentiment bien commun , & que quand il n'y auroit que le décri où eit tombé le père le Tellier , ce feroit une raifon aflfez forte pour l'ôter de fa place : car il ne convient pas que la confiance du roi foit entre les mains d'un homme de fi mauvaife réputation. Elle n'cft point racommodée par la deuxième lettre de l'abbé Bochard : car il ne fait que fe couvrir d'une nouvelle confufion, fans laver le père le Tellier.

Mais il n'eft pas ici feulement queftion de l'opinion du monde. Peut-on croire que ce père foit plus agréable à Dieu qu'aux hommes ? S'il y a beaucoup à craindre pour le falut du roi , s'il demeure fous fa conduite , il n'y a pas moins à craindre pour le mien , fl je demeure dans le fîlence : ainfl je le romps pour délivrer mon ame.

Mais je voudrois bien aufïi délivrer celle du roi. Je m'y intérelîè non feulement par le devoir de ma charge , mais par un attachement perfonnel , qui me rend plus fenflble , que je ne puis dire , à ce qui regarde S. M. , & à fon falut plus qu'à tout le refte , puifque c'eft ce qu'il y a de plus important pour elle.

Je fai combien vous le fouhaitez auiïi a Me. , ainf] je ne vous exciterai point à y contribuer autant que vous pourrez :

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j'aurai feulement l'honneur de vous dire, que voici l'occafion la plus efïèntielle 8c la plus importante pour y travailler utilement : c'eft aflêz de vous la montrer pour vous animer à en profiter. Je prierai Dieu avec toute l'ardeur dont je ferai capable de vous donner des paroles efficaces , & de bénir tout ce que votre zèle vous fera faire pour lefuccès d'une fi grande affaire , &c.

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