LETTRE CCLV
D£ M. LE C. DE NOAILLES »7'*« h 7 oiïobre.
VOus favez, Me., ce que M. d'Antin a eu ordre du rot de me dire de la part de S. M. , & vous ne doutez pas de ma vive douleur, de l'extrémité où Ton veut me réduire , en me mettant dans l'affreufe néceffité ou d'offenfer Dieu , ou d'offenfer le roi. J'ofFenferai le roi, fî je ne rends pas les pouvoirs à tous les jéfuites : & J'ofFenferai Dieu , û j'emploie à fon fervice des ouvriers relâchés , révoltés, & en qui je ne puis prendre confiance.
Mais fans examiner s'ils font tels que je les crois, convient-il, Me., que le roi s'en mêle ? cela eft-il de la compétence de l'autorité roïale ? & n'eft-ce pas (il faut franchir le mot) lui faire mettre la main à l'encenfoir , que de l'engager à demander ces pouvoirs ?
Feu Monfeigneur le dauphin en étoit fi perfuadé , qu'il m'a dit plufieurs fois qu'il fe garderoit bien de m'en parler , & qu'il étoit convaincu que les princes ne doivent point entrer en pareilles affaires.
Ce n'efl point à nous à nous mêler de cela : ce font fes propres paroles.
Vous favez , Me., qu'il ne m'eft pas permis de donner de tels pouvoirs pour faire ma cour au R.. .«ni de les mettre en négociation , & d'en faire un accommodement . . Devroient-ils eux-mêmes vouloir arracher ainfi ces pouvoirs des mains des évêques ? S'ils avoient l'efprit & les difp options que i'églife demande de tous fes miniftres , ils ne voudroient qu'une mifiion libre. Quelle différence de leur conduite à celle des faints qui , loin d'avoir de l'emprellèment à les rechercher, & d'emploier l'autorité des puiiïânces pour les obtenir , ne les ont reçus que par obéifïance pour leur fupérieur légitime , & ont eu befoin de toute leur vertu pour s'y foumettre ! Quel jugement dois-je faire devant Dieu & dans ma confidence, de gens qui ont des maximes il pppofées aux faints & aux canons de I'églife? Les puis-je regarder comme des ouvriers fidèles, & efpérer la bénédiction de Dieu fur leur miniftere ? &c.