‹ Lettres de madame de Maintenon (volume 4)Chapitre 28 sur 243 · LETTRE XXVIII · texte numérisé non relu

LETTRE XXVIII

15 novembre, l6o(, *

NE me rendez point raifon, Monfei-J"1 gneur, du papier que je vous ai envoie, à moins qu'il n'y eut quelque chofe à faire, ou à dire au roi. Souvenez-vous , s'il vous plait, que vous m'avez promis de ne m'écrire que pour le nécetfaire : votre tems ei\ précieux.

Je me fçais mauvais gré d'avoir oublié un prê*re de St. Germain nommé M. Michel. Il évoit vicuire : il s'eft brouillé avec le coré & if n'eit plus rien , à moins que vous ne comptiez pour quelque chofe d'être homme intelligent, actif, laborieux, &

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capable : c'eft lui qui s'eft toujours mêlé des charités de ce lieu-là, tant pour les François que pour les Anglois. La reine d'Angleterre doit vous en parler : & vous lui feriez un extrême plaifir de le placer» Elle croit lui être obligée, & ne peut s'acquitter envers lui. Jugez de ce que fon cœur doit fouffrir. On m'a encore priée de vous recommander M. Varet, vicaire de St. Euftache depuis lon-tems : il a fervi plufîeurs de mes parens dans leurconverfion , & ces convertis me preftent de lui rendre de bons offices auprès de vous.

Vous n'en êtes pas encore quitte , Monfeigneur : car on veut croire que j'ai du crédit à l'archevêché. Lacomteflede Mailly Veut que je vous préfente le fleur Laliemant , receveur général de la généralité de Soiffons : il veut être votre fermier : & en vérité je ne veux point qu'il le foit : & je trie contente de vous le préfenter, & de vous prier de lui dire que je vous ai parlé en fa faveur»

Voi là tomes mes affaires , voici les vôtres. Défiez-vous , Monfeigneur , de tout le mon* de & particulièrement de M. le premier préfident. C'eft un ravaudeur. Il eft venu parler au roi fur vous, for la conduite que vous devez tenir en tout, & particulièrement fur le fervice de M. l'archevêque. Compta^ Monfeigneur , que prefque tous les

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hommes noient leurs parens & leurs amis pour dire un mot de plus au roi, & pour lui montrer qu'ils lui facrifient tout. Ce péïs-ci eiteffroïable: il n'y a pas de tète qui n'y tourne. Je ne vous raconte point ce que le premier prévient a dit , parce que cela ne change rien à votre projet, & qu'il convient que vous n'officiez pas au fervice de feu M. l'archevêque. Il a fort recommandé au roi de ne pas dire un mot de tout ce qu'il lui difoit. Le roi lui a répondu , » pourquoi » ce fiience, fi vous ne faites que votre » devoir? mais de fon côté il m'a impofé un em ier fecret que je confie à mon évêque parce que je le crois néceiTaire. Mais ma confiance n'eft que pour vous feul : fi je pouvois croire que votre famille le fçut , je ferois plus circonfpeft j. Il y aura bien des chofrs que je confentirai à leur dire t & je ne fuis -rien moins que miitérieufe 5 inais le perfonnage que je veux faire avec vous doit être ignoré de tout le mon- «àe , excepté de M. de Chartres pour qui je n'ai rien de caché : ralïùrez-moi làdeffùs, je vous en conjure : & pardonnezmoi la liberté avec laquelle je vous parle. On parla encore hier de M. l'abbé de Noailles & de fa jeuneiïè , fan» rien conclure , & fans m'en nommer d'autres.

M. le duc de Beauvilliers me conta hiec votre conveifation. Je crois cet homme-I^ fort droit»

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Je vis aufTi M. l'archevêque de Cambrai , qui m'aiTura fort du defir qu'il a d'être bien avec vous. Nous parlâmes de Me. Guion.

Il ne change point ià-deiTus. Je crois qu'il fouflfriroit le martire plutôt que de convenir qu'elle à tort.

Encore une fois, Monfeigneur : défiezvous de tout ce que vous eftimez le plus. Je fuis à la fource : Je vois trahifon fur trahifon. Mon naturel ne me porte uoint à la défiance. J'aurois vécu lon-tems , fans croire les hommes aufïi mauvais qu'on les dit. Mais la cour change les meilleurs. Vous avez trop de bonté de vous intélefler à mon confeiïèur. Vous ne me dites lien de M. Ameline : il faut pourtant que je fâche à peu près ce que vous en penfez : voilà encore un chiffre, fi vous voulez vous en fervir au befoin 2 finon y il n'y a qu'à le jetter au feu 1 j'en ai copie.

J'ai rendu compte de ce que le nonce vous a dit : cette précaution étoit néceiïàire. Vous avez befoin d'une grande retenue avefc l'Italie. J'ai parlé du minière de la Haïe : ce n'eit rien. On Qle roi') eft bien difpofé pour vous. J'efpere que chaque jour augmentera refrime & la confiance. Je le délire ardemment» C'eit l'œuvre de Dieu. Il ia. bénira.

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