LETTRE XL VI
à Marti , ce 27 avril. 1606,
JE fuis ravie de voir une lettre dattée de lgmmmBmt Conflans , & de penfer, Monfeigneur, que vous vous y repofez un peu. Si M. Michel ne profite pas de vos bontés, nous en ferons quittes envers la reine d'Angleterre. J'ai vu finir vos affaires avec bien de la joie : M. le maréchal de Noailles, & M. le cardinal de Bouillon m'ont afturée l'un & l'autre qu'ils étoient contents. Il n'eft pas po/Tible , Monfeigneur , que le roi ne montre les avis qu'il reçoit , furtout quand il y veut remédier : car l'ordre doit paflèr par le fecretaire d'état, qui eft chargé de ces fortes d'affaires. Je ne fçais pas comment il aura parlé à M. de Pontchartrain : mais il me parut , après avoir lu les deux lettres d'un bout à l'autre, qu'il penfoit comme vous, & qu'il trouvoit le procédé trop violent, quoique l'abbé ait tort dans le principe , il n'eft que trop vrai que les aniniftres n'aiment pas que le roi foit averti par d'autres que par eux-mêmes : je crois pourtant les y accoutumer un peu : ma réputation fe rdpajre. ; on me regarde corn-
me la protectrice des malheureux & des opprimés : il n'eft forte d'avis qu'on ne m'adreiïè , & fouvent contre eux : & je les donne tous , & quelquefois devant eux.
Quant à la difpofition eiïentielle, il eft Vrai qu'elle n'eft pas propre à contenter ceux qui l'aiment lui & fon peuple : on eft pourtant mieux qu'au commencement du carême : on eft ébranlé , mais point touché : on voudroit le bien : on n'a pas la force d'y courir. J'efpere en la bonté de Dieu. Ce que je vous ai demandé , Monfeigneur, fur cette ordination faite par Bf« de Perpignan eft pour être toujours en état de répondre fur ce qui vous regarde. Vous ne m'êtes pas indifférent. Oferoisje donc vous demander ce qui s'eft paffé entre vous & les filles de la conception par rapport aux ténèbres ? Il ne faut pas cacher vos bonnes œuvres , Monfeigneur :
ce fera peut-être pour le roi un attrait au bien : il aura la honte de ne pas foulager fon peuple, puifque vous foulagez vos pauvres. Eft- il pofTSble que vous ne foïez pas aiTez bien averti de nos voyages pour faire les vôtres à propos ? je croïois que M. votre frère vous inftruifoit de tout.
M'avez-vous permis de dire au roi ce que le bon père vous a conté de leur convention fur mon fujet , & de ce que le toi dit que je oe lui ferois pas ma cour
de n'aimer pas les jéfuites ? Cela feroit délicieux à placer, quand vous voudrez que
je travaille à
M. de Pontchartrain 6c M. de la Reynie n'approuvent pas une chapelle à Vincennes : mais le roi Ta voulu : Me. Guion eit bien embarraffante.