‹ Lettres de madame de Maintenon (volume 4)Chapitre 47 sur 243 · LETTRE LUI · texte numérisé non relu

LETTRE LUI

à Marly^ ce 3 août.

E n'ai plus parlé de Miles, de Caf- ■lnault , Monfeigneur : & j'ai voulu vous épargner un nouveau refus. 29 fit mercredi une dernière tentative , & ii fut refufé avec chagrin de la part de ioo.

Le roi refufe les bonnes oeuvres plus que jamais : voici fon raifonnement : Mes » aumônes , dit-il , ne font que de nou- » velles charges pour mes peuples : plus » je donnerai , plus je prendrai fur eux : y d'ailleurs mes aumônes font fans mérite, » puifque je ne les prends pas fur moi , » je n'en ai ni plus ni moins & le nécef- » faire & l'agréable : un roi fait l'aumône » en dépenfant beaucoup & à propos «. Je lui répond : » cela eft vrai : mais tant » de gens que vos guerres , vos bâtimens 7 » & vos maitrefles ont réduits à la men- » dicité par la néceffité des impôts , il faut » bien les foulager aujourd'hui. Nommez » cela penfion ou aumône : mais il eft bien » jufte que ces malheureux vivent pour » vous, puifqu'ils ont été ruinés par vcus- » même. Si ce n'eft pas une aumône , c'eft une reftitution «. Fournifïèz-moi des rai- Jons , Monfeigneur , §'ii y en a de xneU»

de Main tenon. 6$

leures : les fiennes font d'un honnête homme. Quant au mérite , je ne vois que fon plaifir fur quoi il peut prendre : il s'eit. boriié au plaifir de fon jardin : & il y fait des dépenfes médiocres. Il ne m'a dit qu'un mot fur le père de la Tour : il étoit de il mauvaife humeur ce jourlà , que je crus devoir le ménager.

Les dames fe donnent aîïèz de mouvement pour être auprès de Me. la ducheiïè de Bourgogne. Faites parler * Me. la D. de Noailies fur Me. de Créqui , la D. du Lude , ou la D . . . . La dernière eft féparée de fon mari : fa réputation n'eil pas fans tâche : elle traîne une mauvaife fuite dans fa famille : elle eft toute liée à St. Cloud : & l'on voudroit en éloigner la jeune princeffè. Vous avez trop de vertu, Monfeigneur ? pour qu'on ne puiiïè pas tout vous dire fans aucun ménagement. L'abbé Têtu prétend que vou* ne vous taxez pas à proportion des autre ;. Je fçais répondre en général à ces difcours : mais , il vous voulez m'inftruire , je répondrai encore mieux. Les ennemis pâroiiTent vouloir tenter quelque chofe : on feroit honteux de prier publiquement : mais je crois , Monfeigneur, que vous priez & faites prier en fecret , autant qu'il vous elt. pofïîble.

* Pour la charge de dame d'honneur.

66 Lettres de Ma d.

Page 1