LETTRE LXXII
à St. Cyr, ce 16 mars.
E P. de la Chaife a avoié au roi , Monfeigneur, qu'il a envoie le liyre
de M. de C. à M. le cardinal de Janfon, & lui a écrit pour qu'il lui fût favorable,, Le roi l'a trouvé très-mauvais. Et ce tour d'adreilê de M. de C. fait un effet bien contraire à celui qu'il en attend. Car le roi va defavouer la lettre de fon confeiïèur. La cabale devient de jour en jour plus grande & plus hardie. Je n'y vois ni (implicite , ni pafïiveté. C'eft à vous , Monfeigneur, à foutenir la caufe de l'églife, & M. de M., que le P. de la Chaife attaque auprès du roi. Mais jufqu'ici tout ce que la cabale fait tombe fur elle. Et on ne peut être plus contente du R. que je le fuis. Dieu veuille nous conduire tous, félon ce qu'il veut de nous] Je ne ceffè de lui demander , & particulièrement pour vous.
LETTRE LXXIÎI. *
à St. Cyr, ce 3 avril.
ET moi auffi, j'avois efpéré , Monfei-; gneur , que vous viendriez à Verfailles lundi, ou mardi. Mais je comprends auflî que vous faites quelque chofe de meilleur. Je me fuis fî fort trompée dans l'opinion que j'avois que M. de C. n'écriroit rien de repréhenfibie , que je n'ofe plus dire que je ne crois pas qu'il le faile ur*e
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féconde fois. Cependant je craindrois qu'il ne travaillât â fa traduction, afin de l'avoir toute prête en cas de befoin.
Le R. me paroit embarrafle pour en empêcher une troifieme édition. Il doit parler à M. le duc de Beauvilliers. Comptez, Monfeigneur que cette affaire ne s'adoucit pas , foit à Rome, foiten France , foit dans le cœur du roi , & que partout* on penfe au danger des princes par une telle éducation. Quant à moi, je fuis & affligée & embarralTée. Je le fuis pour moi. Je crains la fuite de cette affaire entre deux grands prélats, s'ils vont aux extrémités. Je crains le parti que le roi prendra, & dont il répondra devant Dieu. Je crains la même chofepourvous.M.de C. vouspreffe : & il a raifon. Mais Ja matière eft difficile, & tout le monde en a jugé. Je ne fai fl l'autorité de tous les évêques enfemble pourroit jultifier ce livre. Quant à ce qui me regarde , je veux, Monfeigneur, le confulter, s'il vous plaît, entre vous & M. de Chartres, que je fous prie de faire venir le plutôt qu'il fera pcîîible.
Je verrai M. de Beauvilliers pour lui dire qu'il n'eft pas queftion de montrer fon intérieur particulier : mais qu'il faut répondre au public fur l'opinion qu'a le public que le gouverneur du duc de Bourgogne cit le protecteur du quiétiikie ; ce
qu'on croira toujours, tant qu'il ne condamnera pas Me. G. fans détour, fans reftriftion , autant qu'il peut la condamner.
Le Père de la Chaife a voulu me voir. Le prétexte étoit une affaire pour St. Cyr: & la vraie raifon , l'apologie du livre de M. de C. » Il n'eft pourtant pas fans » défauts : mais tout cela n'eft que des » bagatelles : je dois employer mon crédit » pour obliger le R. à faîre taire tout ie » monde. Enfuite il m'aftura que fi M. de C. foutenoit tant foit peu Me. Guion & fes livres , il feroit contre lui , & que cette femme eft très dangereufe. Il me conta que c'étoit à lui que feu M. de Genève s'étoit addreffe pour fe défaire d'elle & du Père de la Combe , qui prêchoient l'un & l'autre des maximes qui renverfoient l'évangile. Vous voïez, Monfeigneur, Ci le bon père eft au fait.
Je n'ai jamais penfé à transférer l'hôtel des décijions. Je ne croïois pas que ce nom eut été jufqu'à vous. Je vous rends mille grâces de la facilité que vous vouliez aporter à ce deiTein. J'ai des Parens dans ie cas de celui de Madame de Brinon , qui meurent de faim : & de plus , je me mêle le moins qu'il m'eft poflible de ce qui regarde les bénéfices. Je n'ai point vu M. l'abbé de Caylus. Le roi eft très content de votre lettre. 11 me la montra d'à-
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bord , & ne trouva pas que vous allafTiez trop loin. Dieu veuille qu'il en profite » Je vous rends mille grâces de la part que vous me donnez dans vos prières. J'en fais fouvent pour vous. Madame laducheiTe de Noailles ne voudroit-eile point venir ici famedi que nous reviendrons de Meudon ? Elle pourroit y paiïèr le -dimanche & le lundi. Elle s'en retourneroit le mardi. Et nous irons le mercredi à Marly. Ce famedi dont je parle fera le 15 de ce mois. Vous m'avez promis , Monfeigneur , qu'elle viendroit après Pâques. J'ai envoie chercher Mademoifelle Païen pour venir ici à ténèbres avec la P. Mais on m'alTure qu'elle eft à Paris.