LETTRE L XXXV III
29 août»
ME. de Montchevreuil m'a apporte' , T°97« Monfeigneur , le mémoire que je vous '
envoie , & le livre J marqué fur ce même papier avec l'endroit noté où M. l'abbé de Fenelon eft nommé. Je ne fai point faire d'autre ufage de toutes ces chofes là que de vous les envoier, & d'agir fuivant votre impulfion.
M. de Pontchartrain , travaillant aujourd'hui avec le roi , lui a demandé s'il vouloit ou s'il ne vouloit pas qu'on poufsât le quiétifme : qu'il favoit qu'un nommé Davant écrivoif pour foutenir cette illufîon , & que fi le roi vouloit en donner l'ordre , il feroit arrêter cet homme, dès qu'il auroit découvert fa demeure. Je lui ai in que je la favois : & nous avons conclu que je la lui enverrois ce foir. J'ai pris ce moment-là pour demander au roi , qu'on ne farTe rien là-deffùs que par vous , Monfeigneur , qui êtes un peu plus doux & plus juite qu'un miniitre. Et je n'ai en-
■f Un livre de l'évêque Burnet , où Ton voit que , dès l'année 1688 } M. de Cambrai fctoit foupçonn* de 4u&jUme,
io8 Lettres de Mad.
voie que la feule demeure de M'. Davant , de peur qu'on ne fit trop de bruit , en arrêtant toutes les perfonnes qui font nommées dans ce mémoire. Le roi trouve bon que je mande à M. de Pontchartrain de ne rien faire en tout cela que par vous. En effet , Monfeigneur, dans une affaire eccléfiaitique nous ne devons avoir que le mouvement que notre paiteur nous donnera. Quoiqu'on en puiilè dire , le mal du roi va fort bien.
M, Davant demeure che\ Hervé &c.
M. de Comiant, médecin dans la même mai/on. Ils font tous deux Béarnais. M» d'Aprigny , rue de la jujjicnne. M. de Montfort y autrefois confeilier dé Soiffons , demeure près du Luxembourg. M. l'abbé Jannot demeure près les filles du St. Sacrement du Fauxbourg St. Germain. M.
le cimier de la Coudraye ....
» Recueil de d.iverfes pièces concernant » le quiétiime & les quiétiftes , ou Mo- » lmos , les fentimens & fes difciples.
A Amlterdam chez A. Voifgang derrière la bourfe,& chez P. Savouret dans le Rafverltrand. 1608.
Feuillet 294. Les qv.iétijles avaient en horreur les fnperjlitions Romaines : & ils voulaient les enfevelir dans V oubli y en ne les enseignant CT ne les pratiquant point% *ujji bien que M. l'abbé de Fenelon,
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MJOUJU
LETTRE LXXXÏX.
7 Septembre. j £yyt
JE ne fai , Monfeigneur, fi vous favez ce que c'efr. qu'un cordelier * qu'on a fait curé de la Trinité de Mont fort. Cet homme eft lié avec Me, de Nogaret oui eft fort zélée contre le quiétifme , & qui a beaucoup contribué aux découvertes qui fe font faites. Il veut me dire tout ce qu'il en fait , & me remettre plufleurs papiers du Sr. Davant. Il croit que les livres , qu'on a pris chez lui , ne devroient pas être confiés à d'autres qu'à vous , & qu'ils feront très feandaieux dans les mains des juges féculiers. Je n'ai point cru devoir ni entrer en connoilTunce avec
* Ce cordelier , au retour du £ege de Candie ," avoit obtenu une cure près de Verfailles. Il fe méloit d'aftrologie. Il prédit que Me. la dauphine au-, roit une princeffe : & Me. la dauphine mourut. Cette fauifeté ne le décrédita point : le card. de Noaiîles lui défendit de prephétifer. Le moine fe fit dévot. Il fupofa qu'il dirigeoit une fainte , retirée dans un bois aux extrémités du royaume, pleine de refprit de Dieu, & qu'à fon tour il en étoit dirigé. Il en montroit des lettres merveillenfes , copiées par la roaitreflè d'école, de Montfort. Une , entre autres, déchiroit impircïablemenc Fenelon & fes maximes. La prévention empêcha de reconoitre rimpofture. Le cordelier fe brouifia avec la maitreffe d'école , fut découvert , & en mourut de hpute,
no Lettrls de M ad.
ce curé , ni même le voir. Je lui ai feulement fait demander s'il voudroit vous aller trouver , & vous confier tout ce qu'il fait & tout ce qu'il a. Il y eft tout difpofé , ck dit que Me. de Nogaret vous a parlé de lui , mais qu'étant allé chez vous , fon vifage ne vous a pas été connu. Voulez-vous qu'il le préfente à vous , avec une lettre de moi ?
Racine eft charmé de votre ordonnance, & l'a dit au roi qui ne l'a pas encore vue. Pour moi , je la trouve admirable. Mais qu'eft-ce que mon furTrage, furtout en pareille matière ? M. le curé m'avoit dit , que vous aviez tout à fait marqué les jéfuites , en difant que des perfonnes d'autorité accufoient de janienifme fort gratuitement. Vous direz tout le contraire : car il y a , des perfonnes fans autorité,
à i o heures du Joir.
Je ne puis continuer ma lettre. On parle d'ouvrir le mal du roi en quatre. Je ne fai plus où nous en fommes. Je crains tout. Ne viendrez- vous pas vous mettre à portée des nouvelles d'une fanté qui nous eft fi chère? Le palïe doit vous dire que le préfent n'aportera nul changement à nos réfolutions : il y a lon-tems que nous fommes au dcïTus des Yàfiflùou§ de là famé»
de Maintenu n. m