LETTRE CVII
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J'Ai à répondre à piufieurs lettres de vous , Monfeigneur , qui me font un extrême plaifir. Mais je fuis peu maitrefle de mon tems , parce qu'il eft prefque toujours pris par des gens d'au-deffùs , avec qui je le paiTe en inutilités. C'eft un fî véritable martire pour moi , qu'il n'y a que Dieu qui put m'y expofer : car il falloit pour cela connoitre le fond de mon
* Elle avoit fait une retraite à Port-Royal , oi elle auroit dû aprendre à fe palTer de Marly,
nS Lettres de M a d.
cœur. Je fuis très mal contente de la manière dont vous m'avez reçue à l'archevêché , & je vous dirai avec la confiance que j'ai en vous, que les cérémonies qu'on me fait partout , ont contribué à me féqueftrer du monde autant que je l'ai fait. Je voudrois bien vous diftinguer là-deiïùs comme en tout. Et il me femble qu'il eft très convenable que je fois & paroiffe unie avec vous. Mais , comptez Monfeigneur , que vous ne me verrez plus que chez moi : vous ne me traitez point familièrement. Sur quel pié pouvez-vous me faire des cérémonies , comme de me venir recevoir au bas du degré , & de m'accompagner à mon carofïè avec tout ce qui eft chez vous ? Voulez-vous trahir mon fecret ? eft-ce que vous êtes auffi adorateur de la faveur ? ou eft-ce que vous m'en croyez ennivrée ? & penfez-vous que |e trouverois mauvais que vous me traitafïîez comme vous traiteriez une femme ordinaire ? Encore devrois-je préfentemenr, par l'honneur que j'ai d'être dans votre alliance , prétendre à une entière familiarité. C'eft bien férieufement que je vous parle , Monfeigneur. Vous me bleiTez le cœur : vous m'oterez la joie de vous voir, Ci vous continuez.
Je ferai voir au roi les nouvelles de ftome. Elles ne l'ennuyeront pas. M. de
Pontchartrain propofa hier au roi d'abattre tous les bâtimens de cette place de l'hôtei de Vendôme & d'en rebâtir une autre dont Maniard donneroit le deffèîn. Le roi répondit : » M. de Louvois Ta fait faire prefque » malgré moi : tous ces Mrs. les miniftres » veulent faire quelque chofe qui leur faflè *> honneur auprès de la poftérité : ils ont » trouvé le fecret de me donner à l'Eu- » rope comme aimant toutes ces vanités- » là. Madame * eft témoin des chagrins, » que M. de Louvois & la Feuillade m'ont » donnés là-delTus : je veux me les épar- » gner déformais , & je veux qu'on ne » me propofe rien d'aprochant : que mon » peuple foit bien nourri : je ferai tou- » jours aflez bien logé «. Je vous avoue, Monfeigneur , que je le louai de bon coeur de cette réponfe.
J'ai vu 102, & entendu de fa bouche qu'il ne veut plus écrire.
Voici, Monfeigneur, le dernier article de ma lettre , & celui qui me tient le plus au cœur. On m'aflûre de tous côtés que vous entreprenez un travail infoutenable , & que vous entrez dans trop de détails. ' Au nom de Dieu , croyez vos Véritables amis : &. confervez-voi s pour ce que vous feul pouvez faire. Faites-fous foulager. Et ne paiTez point de jour , fans
* .Me, de Maintenons
léyàx