‹ Lettres de madame Sévigne, avec les notes de tous le commentateursChapitre 104 sur 132 · I. ■ . lli · texte numérisé non relu

I. ■ . lli

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trouve le plus naturel du monde. On n'est point au diable parce qu’on craint Dieu, et qu’au fond on a un principe de relifîion ; on n’est point à Dieu aussi , parceque sa loi parait dure, et qu’on n’aime point à se détruire soi-même : cela compose les tièdes , dont le grand nombre ne m’étonne point du tout ; j’entre dans leurs raisons, cependant Dieu les hait : il faut donc sortir de cet état , et voilà la difliculté. Mais peut-on jamais être plus insensée que je le suis en vous écrivant à l’infini toutes ces rapsodies? Ma chère enfant , je vous demande excuse à la mode du pays ; je cause avec vous, cela me fait plaisir. Gardez-vous bien de me faire réponse ; mandez-moi seulement des nouvelles de votre santé, avec un demi-brin de vos sentiments, pour me faire voir si vous êtes contente et si vous vous plaisez à Grignan : voilà tout. Airaez-moi ; quoique nous ayons tourné ce mot en ridicule, il est naturel, il est bon ; et pour moi, je ne vous dirai point si je suis à vous , ni de quel cœur , ni avec quelle tendresse véritable. J’embrasse le Comte. Notre abbé et La Mousse vous adorent.

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Aux RocliPrs, dimaiiclu' H juin <67<.

Je comptais recevoir vendredi deux de vos lettres à la fois ; et comment ne se peut-il que je n’en aie seulement pas une? Ah! ma fille, de quelque endroit que vienne ce retardement, je ne puis vous dire ce qu’il me fait souffrir. J’ai mal dormi ces deux nuits passées; j’ai renvoyé deux fois à Vitré, pour chercher à m’amuser de quelque espérance ; mais c’est inutilement. Je vois par-là que mon repos est entièrement attaché à la douceur de recevoir de vos nouvelles. Me voilà insensiblemeilt tombée dans la radoterie de Chessières ; je comprends sa peine si elle est comme la mienne ; je sens ses douleurs de n’avoir pas reçu cette lettre du 27 ; on n’est pas heureux quand on est

l)t MAUAMK DE SÉVUiAK.

comme lui ; Dieu me préserve de son état ! et vous, ma fille, préservez-m’en sur toutes choses. Adieu, je suis cha- «frine, je suis de mauvaise compagnie ; quand j’aurai reçu de vos lettres, la parole me reviendra. Quand on se couche, on a des pensées qui ne sont que gris-bnin, comme dit M. de Rochefoucauld; et la nuit elles deviennent tout-à-fait noires ; je sais qu’en dire.

.Aux Rochers, dimanche 31 juin 1671.

Enfin, ma fille, je respire à mon aise, je fais un soupir comme M. de La Souche * ; mon cœur est soulagé d’une presse qui ne me donnait aucun repos ; j’ai été deu.v ordinaires sans recevoir de vos lettres, et j’étais si fort en peine de votre santé, que j’étais réduite à souhaiter que vous eussiez écrit à tout le monde, hormis à moi. Je m’accommodais mieux d’avoir été un peu retardée dans votre souvenir, que de porter l’épouvantable inquiétude que j’avais de votre santé ; mais , mon Dieu ! je me repens de vous avoir écrit mes douleurs ; elles vous donneront de la peine quand je n’en aurai plus ; voilà le malheur d’étre éloignées ; hélas ! il n’est pas le seul.

Vousme mandezdes choses admirables devos cérémonies de la Fête-Dieu ; elles sont tellement profanes, que je ne comprends pas comme votre saint archevêque {le cardinal Grimaldi) les veut souffrir ; il est vrai qu’il est Italien, et que cette mode vient de son pays. Enfin, ma fille, vous êtes belle ; quoi ! vous n’êtes point pâle, maigre, abattue comme la princesse Olympie ^ ! ah 1 je suis trop heureuse. Au nom de Dieu, amusez-vous, appliquez-vous à vous bien conserver ; je vous remercie de vous habiller ; cette négligence que nous vous avons tant reprochée était d’une

* Allusion à la sc('iic VI du second acic de V flcote des Femmes. s H('roïnc de r.Arinsle.

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