I.ETTBES
de cette aflaire. Mademoiselle du Plessis laisse périr toutes des affaires qu’elle a à Vitré, et ne veut pas y mettre les pieds de peur de me donner de la jalousie de cette nouvelle amie ; et même l’autre jour, afin de me donner un entier repos , elle m’en dit beaucoup de mal ; quand il fait beau , cela me fait rire ; mais quand il pleut , je lui donnerais bien un soufflet , comme vous fîtes un jour. Madame de Coulanges me mande qu’elle n’a point de nouvelles de Brancas , sinon que de ses sij^ chevaux de carrosse il ne lui en est resté qu’un , et qu’il a été le dernier à s’en apercevoir. On ne me mande rien de nouveau. Notre petite d’Alègre est chez sa mère ; on croit que M, de SeignelaL^ l’épousera. Je m’imagine que vous ne manquez pas de gens qui vous mandent tout ; pour moi , je méprise tous les petits événements , j’en voudrais qui pussent me donner de grands étonnements. J’en ai eu un ce matin dans le cabinet de l’abbé : nous avons trouvé , avec ces jetons qui sont si bons , que j’aurai eu cinq cent trente mille livres de bien , en comptant toutes mes petites successions. Sav ez-vous bien que ce que m’a donné notre cher abbé ne sera pas moins de quatre-vingt mille francs? Hélas ! vous croyez bien que je n’ai pas d’impatience de l’avoir ; et cent mille franm de Bourgogne 2 ; voilà qui est venu depuis que vous êtes mariée; le reste , c’est cent mille écus en me mariant , dix mille écus depuis de M. de Chàlons 3, et vingt mille francs ^ des petits partages de certains oncles. Mais n’admirez-vous pas où l’ennui me jette , ma chère enfant ? Je ferais bien mieux de vous dire combien je vous aime tendrement , combien vous êtes les
* Le marquis de Seignclai , secrétaire d'clal de la marine , fils aine do CoJl)ert ; c’était un esprit étendu et cultivé. Boileau lui a adressé son épitre sur V Amour du vrai.
* U s'agit de la succession du président Frcfiiiot, cousin de madame do Sévigné.
» Jacques de Neuçhèse, grand-oncle de madame de Sévigné.
> Le marc d'argent monnaie comptait alors pour 28 liv. s. 8 d.
délices de mon cœur et de ma vie, et ce que je souffre tous les jours , quand je fais réflexion en quel endroit la Providence vous a placée. V'oilà de quoi se compose ma bile :
Je souhaite que vous n’en composiez point la vôtre : vous n’en avez pas besoin dans l’état où vous êtes; vous avez un mari qui vous adore : rien ne manque à votre grandeur ; tâchez seulement de faire quelque miracle à vos affaires, alln que le retour de Paris ne soit retardé que par les devoirs de votre charge , et point par nécessité. Voilà qui est bien aisé à dire , je voudrais qu’il le fût encore plus à faire ; les souhaits n’ont jamais été défendus.
On me mande que madame de Valavoire i est à Paris , et qu’elle ne peut se taire de votre beauté, de votre politesse, de votre esprit, de votre capacité , et môme de votre coiffure que vous avez devinée , et que vous exécutez comme au nnlieu de la cour. Madame de La Troche et moi nous avons l’honneur de vous l’avoir assez bien teprésentée , pour vous mettre à portée de faire ce petit miracle. Elle ' est encore à Paris , cette Troche ; elle ira vers la fin de ce mois chez elle ; pour moi , je ne sais encore ce que me feront les états ; je crois que je m’enfuirai, de peur d’être ruinée. C’est une belle chose que d’aller dépenser quatre ou cinq cents pistoles en fricassées et en diners pour l’honneur d’être la maison de plaisance de M. et de madame de Chaulnes , de madame de Rohan , de M. de Lavardin et de toute la Bretagne , qui , sans me connaître , pour le plaisir de contrefaire les autres , ne manquerait pas de venir ici : nous verrons. Je regrette seulement de quitter M. d’Harrouis , et cette maison où je n’aurai pas encore fait la moitié des affaires que j’y .ai. Au reste’, ma fille , une de mes grandes envies , ce serait d’être dévote ; j’en tourmente La Mousse tous les jours : je ne suis ni à Dieu ni au diable; cet état m’ennuie, quoiqu’entre nous je le
• Son mari i‘lail lii'ulcuanl-jü-néral des armi^rs du mi. ,