I.K'n'llES
Aux Bochcrs, diniaiicbi! "J aoül 1671.
. Vous avez doue , ma bonne , chez vous , présentement, toute la foire de Beaucaire : n’ave?-vous point encore mis les équipages au nombre des merveilles que vous faites en Provence? nos. pères avaient bon esprit de nourrir tous les ti-ains! c’est une belle mode dont à présent tout le monde s’est tiré. Elle pst bien' pire que les portes basses et lés gi-andes cheminées. Il vous faut du courage comme à la guerre, et un Jacquier ' qui prenne en parti le pain de munition. Ma lettre vous trouvera , comme Dûlcinée , dans l’agitation du mouvement de cette compagnie : gardez-la, je dis ma lettre , et puis vous la lirez à loisir. Vous me priez, ma bonne, de me promener dans votre cœur; vous me dites mijle douceqrs aimables sur cela; je vous dirai’ donc que je fais quelquefois cette 'promenade; je la trouve belle et très agréable pour moi : mais, à la pareille, ma bonne, je vous conjure civilement de venir vous prdmener chez moi; allez partout, et voyez bien s’il y a quelqu’un qui se promène à côté de vous, et si vous n’y êtes pas plus respectée que dans votre gouvernement : si cela vous donne quelque joie, vous devez être contente '. mais, mon Dieu,, cela ne fait point le bonheur de la vie ; il y a de certaines grotsièretés solides dont on ne peut se passer.
Que dites-vous des nouvelles de cette semaine? Nous né demandons que plaie et bosse : mais, en vérité, je trouve que cette fois il y en a trop. La mort de M. du Mans 2 m’a
1 Munitionnaire des armées.
J Philibert-Emmanuel de Beaumanoir, commandeur des ordres du roi, morl le 27 ji^ijlet I67l. Il n'avait pas le talent de la prédicatiou. Un jour (|u’ii voulut prêcher, il demeura court. S'etant fait peindre quclqt/é temps après, la marquise de Sablé , veuve du surintendant Servien, s’écria, en voyant son portrait : « Mon Dieu , qu'il lui ressemble, on dirait qu’il pté- M vhQ. » [Uenhgiana.) . ' •
DE MADAsIe de SÉVIGNE. 31!)
<Visomraëe;'je n’y avais jamais pensé, non plus que lui; et, de la manière dont Je le voyais vivre, il ne me tombait pas dans l’imagination qu’il pût mourir > cependant le voilà mort d’une petite fièvre , sans avoir eu le temps de songer ni au ciel , ni à la terre ; il a' passé ce 4emps-là à s’étonner; il est- mort subitement de la fièvre tierce. La Providence fait quelquefois dés coups d’autorité qui me plaisent , assez , mais il en faudrait profiter. Et ce pauvre Lenetqui est miort aussi ; j’en suis fâchée L* Ah 1 que j’aurais été coii- . tente si la nouvelle de madame de L...2 était venue toute , seule! c’est bien employé; sorte de malhonnêteté était une infamie si scandaleuse , qu’il y a longtemps que je l’avais chassée du nombre des mères : tous les jeunes*gens de' la cour ont pris part à sa disgrâce; elle .ne verra point sa fille ; on lui*a ôté tous ses gens : voilà tous les amants bien écartés. .
Vous avez présentement le grand chevalier, emhrassezle pour moi, et le coadjuteur aussi; mais dites à ce dernier que je le prie de ne me point écrire; qu’il garde sa main drpite pour jouei- au brelan : ce n’est pas que je n’aime ses lettres,. mais j’aime encore mieux son amitié.: je connais son humeur; il est impossible qu’il écrive sans, qu’il en coûte à ceux à qui il écrit, et je trouve que c’est acheter trop cher une, lettre, quand c’est au. prix d’une partie de sa tendresse. Nous conclurons incessamment que, s’il écrivait deux fois la semaine à quelqu’un, H le haïrait bientôt à la mort. Adieu , ma chère enfant. . •
t Pierre Lenel, auteur de curieux- Mémoires sur la Fronde , qui ont él , pubHcs en deux volumes in-12. • '
* Il s’agil de la femme du secrétaire d'état de Liomie. On peut vqir dan.s VUittoire amoureuse des Gaules Ic^ scandales qui la firent mettre au couvent.