DE MADAME LA PRINCESSE PAL, MINE
SUR L’ESPfiRANCE.
« A quoi pensez-vous, ennemis déclarés du plus grand « bien de la vie, et des plus doux plaiSirs du cœur? Quel « démon vous inspire d’employer des esprits aussi délicats <( que les vôtres pour soutenir un si méchant parti? Haïs- « sez-vous assez l’espérance pour renoncer même à celle de « la louange et de l’estime du public? De quelle secte pou- (I vez-vous être, ou de quelle religion êtes-vous, de parler « si hardiment contre l’opinion des sages et contre la loi « de Dieu ? Que vous a-t-elle fait, cette espérance aimable, « pour la baûnir ainsi de la société humaine et du eom- « merce des honnêtes gens? Qu’a-t- elle de commun avec « les passions déréglées et les désirs ridicules des vision- « naires? Pourquoi ne séparez-vous pas les prétentions lé- « gitimes d’avec les chimériques souhaits? >’e saurait-on « espérer avec un esprit tranquille ce qu’on desire avec «raison? Quelle humeur maligne vous fait prendre un « parti si proche de celui du désespoir? Ce monstre abo- « minable, ce partage des lâches et des damnés, pourrait-il « séduire assez vos esprits pour vous rendre protecteurs « d’une si terrible opinion? Me voyez-vous pas qu’en vou- « lant combattre- les vices, vous querellez les vertus, dont « l’espérance sans doute est lapins noble et la plus utile? « Que peut-on faire sans espoir? V a-t-il (pielque action « dans la vie qui s’en puisse passer? Et vous-même, en
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« la coudanmaut, n’avez-vous pas eu quelque espérance « de nous persuader de n’en avoir plus, et d’attirer nos « louanges par la beauté de vos lettres et la nouveauté de « vos raisonnements? Que si vous n’avez pas réussi, la U faute en est à la cause que vous soutenez, et non pas à « votre espoir. L’espérance en elle-même n’à rien que d’ai- « raable et de bon : elle élève le cœur des honnêtes gens ,
« elle fortifie les faibles, et ne peut nuire qu'aux impérti- « nents et aux ridicules, qui ne s’eu servent jamais qu’en « se trompant eux-mêmes dans la vanité de leurs desseins.
<( L'espérance est enfin le dernier bien des misérables. «Que vous a-t-ellç donc fait pour la traiter si mal? ou « plutôt, que vous a fait le genre humain pour le priver « d'un bien que les tyrans et la mauvaise fortune n’.ont ja- « mais pu ôter aux plûs malheureux? L’espéranee a tou- « jours préparé les chemins de la gloire ; et tous les héros,
« dont on en trouve encore quelques-uns aujourd’hui ,
« n’ont peut-être jamais vu leurs victoires aller plus loin « que leur espoir. Il est permis de mesurer son espérance.
« à son courage ; il est beau de la soutenir malgré les difli- « cultés; mais il n’est pas moins glorieux d’en souffrir la « ruine entière avec le même cœur qui avait osé la conce- « voir. Laissez-nous donc espérer, puisque aussi bien ne « sauriez-vous nous en empêcher. Instruisez-nous, si vous « voulez, à régler nos souhaits ; apprenez-nous à choisir « nos désirs ; mais permettez-nous de nous consoler de nos « mauvais suecès, par la satisfaction d’avoir eu des espé- « rances bien fondées ; et songez que souvent la perte d’un « bien longtemps attendu n’est la douleur que d’un jour, > « au lieu que la joie de l’avoir espéré a fait le bonheur de « plusieurs années, et la douceur de mille agréables mo- « ments. Ne parlez donc plus contre cette espérance si ai- « niable et si chère. Qu’elle soit sèche ou non, le mérite.en « est égal ; et, quoi que vous en puissiez dire, une espérance « maigre vaudra toujours mieux qu’un gras désespoir.
-IGG LETTRES
« Cette injure qu’un lui donna|hier uu milieu des plus illus- « très maigreurs de France n’a rien fait contre sa réputa- « tion ; et.le désespoir, tout gros et tout gras qu’on nous le « représente, n’a fait nulle impression sur mon cœur. Je ne « sais si Judas était maigre ou replet. L'Écriture, qui parle « de son désespoir, ne dit rien de son embonpoint. Quoi « qu’il en soit, il est sùr qu’il se pendit faute d’un peu « d’espérance. Cet exemple n’est pas beau. Ainsi, malgré « tous vos raisonnements, j’espérerai toute ma vie, et ne « me pendrai jamais.»