DU MÊME A LA MÊME
Au camp do Montroud >, cc 2 juillet
Je me suis enfin déclaré pour M. le prince , ma belli‘ cousine ; ce n’a pas été sans de grandes répugnances ; car je sers contre mon roi un prince (pii ne m’aime pas 11 est vrai que l’état où il est me fait pitié; je le servirai donc, pendant sa prison , comme s’il m’aimait, et, s’il en sort jamais , je lui remettrai sa lieutenance , et je le quitterai aussitôt, pour rentrer dans mou devoir.
1 Cliâtcaii'fort situé dans le Berry, prés de Saint-Aniand, cl qui apparlenait au prince de Cdndé. Cette place, une des plus fortes du royaume à cette époque, n’existe plus.
s'.Vprés l'arrestation du prince de Coudé, Bussy se déclara pour lu contre la cour; mais il ne larda pas à aliaiidonuer ce parti, et ce fut Corbinelli qui négocia son accommodemeni, eoniinc on disait alors.
Que (liti*s-vous de ees sentiments-là, Madame ? Mandezmoi , je vous prie, si vous ne les trouvez pas grands et nobles. Au reste, éerivons-nous souvent ; le cardinal n’en saura rien ; et , s’il venait à le découvrir et à vous faire donner une lettre de cachet , il est beau , à une femme de vingt ans, d’être mêlée dans les affaires d’État. La célèbre madame de Chevreuse n’a pas commencé de meilleure heure. Pour moi , Je vous l’avoue , ma belle cousine • j’aimerais assez à vous faire faire un crime, de quelque nature qu’il fût. Quand je songe que nous étions déjà , l’année passée , dans des partis différents, et que nous y sommes encore aujourd’hui, quoique nous en ayons changé, je crois que nous jouons aux barres : cependant votre parti est toujours le meilleur, car vous ne sortez point de Paris, et moi je vais de Saint-Denis à Montrond, et j’ai peur (pi’à la fin je n’aille de Montrond au diable.
Pour nouvelles , je vous dirai que je viens de défaire le «•égiment de Saint-Aignan ; si le mestre-de-camp y avait été en personne, je n’en aurais pas eu si bon marché.
Le S. de Launay-Lyais vous dira la vie (jue nous faisons ; c’est un gai’çon qui a du mérite , et (pie par cette considération je servirai volontiers; mais la plus forte sera pareeque vous l’jumez , et que je croirai vous faire plaisir. Adieu, ma belle cousine.
Paris, dimanche 12 janvier (1634).
Je suis agréablement surprise de votre souvenir , Monsieur ; il y a longtemps que vous aviez retranché les de- • monstrations de l’amitié ipic je suis persuadée que vous avez toujours pour moi. Je vous rends mille grâces, Monsieur, de vouloir bien les remettre à leur place, et de me témoigner l’intérêt que vous prenez à mon retour et à ma