‹ Lettres de madame Sévigne, avec les notes de tous le commentateursChapitre 25 sur 132 · DE MADAME DE SÉVIGNÉ AU COMTE DE BUSSY · texte numérisé non relu

DE MADAME DE SÉVIGNÉ AU COMTE DE BUSSY

A Paris, ce 23 novembre 1635.

Vous faites bien l’entendu ,, monsieur le Comte; sous ombre que vous écrivez comme un petit Cicéron , vous croyez qu’il vous est permis de vous moquer des gens ; à la vérité, l’endroit ([ue vous avez remarqué m’a fait rire . de tout mon cœur; mais je suis étonnée qu’il n’y eût que cet endroit de ridicule, cai’, de la mimière dont je vous écrivis, c’est un miracle (jue vous ayez pu comprendre ce que je voulais vous dire , et je vois bien t(u’en effet vous

avez de l’esprit, ou que ma lettre est meilleure que je ne pensais. Quoi qu’il en soit, je suis bien aise que vous ayez profité de l'avis que je vous donnais.

On m’a dit que vous sollicitiez de demeurer sur la fron- • tière cet hiver : comme vous savez, jnon pauvre Comte, que je vous aime un peu rustaudement , je voudrais qu’on vous l’accordât, car on dit qu’il n’y a rien (pii avance tant les' gens, et vous ne doutez pas de la passion cpie j’ai pour votre fortune ; ainsi , ([uoi qu’il puisse arriver, je serai contente. Si vous demeurez sur la frontière, l’amitié solide y trouvera son compte, si vous revenez , l’amitié tendre sera satisfaite. •

On dit (pie madame de diàtilloni est chez l’abbé Fouquet2; cela paraît fort plaisant à tout le monde. ^

Madame de Roquelaure ^ est revenue tellement belle , qu’elle défit hier le Louvre à plate couture; ce qui donne une si terrible jalousie aux belles qui y sont, que par dépit on a résolu qu’elle ne 'serait pas des après-soupei-s , (pii sont gais et galants comme vous savez. Madame de Fiennes voulut l’y faire demeurer hier ; mais on comprit par la ré- • • ponse de la reine qu’elle pouvait s’en retourner. '

Le prince d’Harcourt''» et La Feuillade^ eurent (luerelle avant-hier chez Jeannin; le prince disant q\ie le chevaKei- • de Grammont avait l’autre jour ses poches pleines d’argent, il en prit à témoin La Feuillade, qui dit (pie cela n’était point, et qu’il n’avait pas un sou. — Je vous dis que si. — Je vous dis (pie non, — Taisez-vous, La Feuillade.

— Je n’en ferai rien. Là-dessus le prince lui jette une as-

t Élisabeth-Angélique de Montmorency, sœur du maréchal de Luxembourg, alors veuve de Gaspard de Coligni.

•i Basile Fouquet, frère du surintendant.

3 f.liarlotte-Maric de Bâillon, fille du comte du Lude; (ïllc avait aloi-s vingt-un ans.

* Charles de Lorraine 111 du nom, du vivant de son père, prince d’Harcourt.

s François, vicomte d’Aubusson, duc de La Feuillade, pair, et depuis maréciial de France.

LETÏBES

siettc à la tète; l’autre lui jette un couteau ; ni l’im ni l’autre ne porte : ou se met entre deux , on les fait embrasser ; le soir ils se parlent au Louvre , comme si de rien n’était. Si vous avez jamais vu le procédé des académistes * qui ont campo, vous trouverez que cette querelle y ressemble fort.

Adieu , mon cher cousin ; mandez-moi s’il est vrai q\ie vouliez passer l’hiver sur la frontière, et croyez bien que je suis la plus fidèle amie que vous ayez au monde.

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