‹ Lettres de madame Sévigne, avec les notes de tous le commentateursChapitre 28 sur 132 · DU MÊME A LA MÊME · texte numérisé non relu

DU MÊME A LA MÊME

,\u camp du Qucsnoy, le 2Ujiiiliet

Je vous aurais plus tùt tirée de peine. Madame, si j’avais . eu plus tôt le loisir et la commodité de vous apprendre de mes nouvelles; mais, depuis notre retraite de A’iUeuciennes jusqu’à présent, j’ai toujours été à cheval ou sur la paillasse, et je n’ai point su qu’il partit de courrier de l’année qu’aujourd’hui.

Vous saurez donc. Madame, que le 1 6 de ce mois ; àdeux heures du matin, les lignes du maréchal de La Ferté furent attaquées par l’armée des ennemis , et forcées sans résistance , hüi'mis du côté des gardes françaises et de la marine, qui en firent beaucoup; mais ils furent pris par .derrière. Nous ne pûmes secourir cette armée, pareeque, du côté que les ennemis firçnt le plus grand effort, il n’y avait qu’une digue fort étroite et longue de huit cents pas , sur

' L’armée espagnole avait trois chefs, don Juan d'Autriche , le \»riiicc do Condé et le inarriuis de Caracéne.

î Cousin-germain de Madame de Sr’viguit.

DE MADAME DE SKVIGNÉ. n;*

I Escaut et les prairies que cciix de lîouchaiu avaient inon- dées, par laquelle nous pussions nous communicpier; cette inondation fit aussi que fort peu de p;ens se purent sauver. Le maréchal de La Ferté fut pris; le comte d’E- . trées, le comte de Grand-Pré etGadajîne, lieutenantsgénéraux, pris; Moret, Riherpré, le marquis dcUenel, Vervin, Thianges, La Trousse, Pradel, Poillac, La Luserne, et plus de quatre cents officiers, cavalerie ou infan- • teric, pris. Le manpns d’Etrées, volontaire, tné; La Ro- , <pie-Saint-Chamarant, mestre de camp de cavalerie, pris • llelsunee, mestre de camp d’infanterie, tué; et bien d’autres ((ue nous ne savons pas encore.

Le marquis d’Uxelles se sauva par la digue, Bellefonds à la nage. Le débris de cette armée, qui pouvait être de deux mille hommes , cavalerie ou infanterie, se retira à (^ondé. Notre armée marcha au Quesnoy sans ordre de hataille : nous y trouvâmes deux mille hommes qui venaient de France pour nous joindre.

Le lendemain , 17, ay^nt fait revue , nous trouvâmes huit mille hommes de pied et huit mille chevaux dans l’armée de Turenne, cinq cents chevaux et trois cents hommes de pied dans celle de La Ferté.

Le mardi I8, les ennemis se vinrent poster à notre vue de l’autre coté du Quesnoy, un petit ruisseau entre * deux. Leur dessein était, à ce (pie nous croyons, d’assiéger le Quesnoy, si nous en eussions d(*ja été éloignés, ou de. nous attacpier si nous eussions fait devant eux une'méchante démarche; mais, malheureusement pour eux, ils nous ont trouvés bien postés, fiers et témoignant ne respirer ([ue la vengeance de la défaite de nos camarades.

(.e matin ils ont décampé de devant nous, et nous ont lai.ssés douter, deux heures durant, s’ils ne voulaient point nous livrer bataille ; mais enfin ils ont repris le chemin • de yalenciennes, et nous croyons qu’ils vont faire le ’siége de Coudé, que nous aurons bien de la peine à secourir. Voilà

by Cmigli

notre aventure, Madame, que vous ne pouvez apprendre plus véritablement.

Le 17, j'envoyai mon trompette savoir ce qu’était devenu La Trousse ; il revint le lendemain sans avoir pu parler à lui , mais ayant appris qu’il se portait fort bien. J’oubliais de vous dire que toute l’armée de La Ferté a perdu son bagage, hormis Bellefonds, qui a sauvé sa vaisselle d’argent.

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