K. - DU MÊME A LA MÊME
Au famp lie Illfc-y, le 4 aoûl 1657.
Votre lettre est fort agréable, ma belle cousine ; elle na’n fort réjouL Qu’on est heureux d’avoir une bonne amie qui ait autant d’esprit que vous ! Je ne vois rien de si juste que ce que vous écrivez, et l’on ne peut pas vous dire : ce motlà serait plus à propos que celui que vous avez mis. Quelque complaisance que je vous doive. Madame, vous savez que je vous parle assez franchement pour ne pas vous dire ceci, si je ne le pensais ; et vous ne doutez pas que je ne m’y connaisse un peu, puisque j’ose bien juger des ouvrages de Chapelain, et que je censure quelquefois assez justement ses pensées et ses paroles. Je vous envoie copie de la lettre que j’ai écrite à la marquise d’Uxelles. Elle me mande, ipie si j’aime les grands yeux et les dents blanches, elle aime de son côté les gens tendres et les amoureux transis, et que, ne me trouvant pas comme cela, je me tienne pour éconduit : elle revient après ; et sur ce que je lui mande que je la quitterai si elle me rebute, et qu’à moins de se déguiser en maréchale pour me surprendre , elle ne m’y rattrapera plus , elle me répond que je ne me désespère point, et qu’elle me promet de se donner à moi quand elle sera parvenue à la dignité pour laquelle , à ce qu’elle dit, on la mange jusqu’aux os; que mon poulet ne pouvait lui être rendu plus mal à propos, et que, n’ayant pas un de-
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Hier, elle était dans la plus méchante humeur du monde.
J’écris à Corbinelli de vous dire ce qui s’est passé entre M. de Turenne et moi depuis que je suis à l’armée , et qu’enfin nous avons fait une réconciliation qui me parait îissez sincère ; je ne sais si cette paix durera.
J’ai gagné huit cents louis d’or depuis quatre ou cinq jours ; si je n’en gagne pas davantage, c’est qu’on appréhende- ma fortune : je ne trouve plus personne qui veuille jouer contre moi.
Voulez-vous savoir la vie que nous faisons, Madame ? je m’en vais vous la dire. Quand l’armée marche, nous travaillons comme des chiens ; quand elle séjourne, il n’y . a pas de fainéantise égale à la nôtre. Nous poussons toujours les choses aux extrémités. On ne ferme pas l’œil ti’ois ou quatre jours durant, ou bien on est trois ou quatre jours sans sortir du lit ; on fait bonne chère, ou l’on meurt de faim.
Les ennemis sont campés entre Béthune et la Bassée, attendant tranquillement la prise de Montmédy, qu’ils ne jugent pas d’assez grande importance pour hasarder un combat en voulant la secourir. Adieu, ma belle cousine ' .
« Un peu avant la campagne de 1658, je me brouillai « avec madame de Sévigné. J’eus tort dans le sujet de ma « brouillerie, mais le ressentiment que j’en eus fut le com- « ble de mon injustice : je ne saurais jamais assez me court damner en cette rencontre, ni avoir assez de regret d’art voir offensé la plus jolie femme de France, ma proche « parente, que j’avais toujours fort aimée, et de l’amitié « de laquelle je ne pouvais pas douter. C’est une tache à « ma vie que j’essayai véritablement de laver quand on rt arrêta le surintendant Fouquet, en prenant hautement « à la cour le parti de la marquise, contre des gens qui,la>^;t
1 La correspondance de Bussy-Rabulin éprouvant ici une de sçpt années, nous croyons devoir citer le passage sllh.^ld,7llré^iI^s'lllV-.^ miscrits de Bussv, et qui explique les motifs de celle inlemiptiim.i*5Rtÿ.^ .
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« voulaient confondre avec les maîtresses de ce ministre.
« Ce ne fut pas seulement la générosité qui m’obligea d’en « user ainsi, ce fut encore Injustice. Avant que de m’em- « barquer à la défense de la marquise, je consultai Le « Tellier, qui seul avait vu avec le roi les lettres qui H étaient dans la cassette de Fouquet. Il me dit que celles « de la marquise étaient des lettres d’une amie, qui avait ff bien de l’esprit, et qu’elles avaient bien plus réjoui le « roi que les dôuceurs fades des autres lettres ; mais que « le surintendant avait mal-à-propos mêlé l’amour avec rt l’amitié. La marquise me sut bon gré de l’avoir défen- « due; son bon cœur et le sang l’obligèrent de me pardon- « ner ; depuis ce temps-là, qui a été celui de mu disgrâce, . « elle s’est réchauffée pour moi ; et, hors quelques éclair- « cissements, et quelques petits reproches, qu’un fâcheux (( souvenir lui a arrachés, il n’y a point de marques d’a- « initié que je n’en aie reçues, ni aussi de reconnaissance « que je ne lui en aie données, et que je ne lui en donne le (( reste de ma vie. »
Vers 1058.
Vous me dites des choses si obligeantes- de l’estime (jue vous avez donnée de moi à M. Servien • , qu'encore que de moi j’y aie peu contribué, et que je craigne même de la détruire, si jamais j’ai l’honneur de le voir, je ne laisse pourtant pas d’en sentir une certaine gloire, que toute autre personne ne m’aurait pu donner; et je ne sais si je ne serai point obligée, pour reconnaître en quelque façon les civilités que vous me faites de sa part, de m’informer plus soigneusement de sa santé, ayant appris qu’il était malade, attendant que vous m’en avez dit votre avis, j’espère
• •' Surinlf'iid.aiil ilt s (inanres sons 1rs rognes de Louis \ l II cl de Louis XI V;
Il tiail meuibre de rAeadéuiie Fraiu;aisc, el inouriit eu 1G59.
que, lors(jue vous avez été si iwuotuel à me mander ses sentiments, vous le serez de même à lui en témoigner ma reconnaissance , et que vous voudrez bien l’as'surer pour moi que je suis sa très obéissante servante.
M. DE Rabiitin-Chantae.