‹ Lettres de madame Sévigne, avec les notes de tous le commentateursChapitre 33 sur 132 · BON · texte numérisé non relu

BON

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LETTHKS

Diinaïu'lif au suir.

Je mourais de peur qu’un autre que moi vous eût donné le plaisir d’apprendre, la bonne nouvelle. Mon courrier n’a pas fait une grande diligence ; il avait dit en partant qu’il n’irait coucher qu’à Livry. Enfm il est arrivé le premier, à ce qu’il m’a dit. Mon Dieu ! que cette nouvelle vous a été sensible et douce, et que les moments qui délivrent tout d’un coup le cœur et l’esprit d’une si terrible peine, font sentir un inconcevable plaisir! De longtemps je ne serai remise de la joie que j’eus hier ; tout de bon, elle est trop complète; j’avais peine à la contenir. Le pauvre homme apprit cette nouvelle par l’air *, peu de moments après, et je ne doute pas qu’il ne l’ait sentie dans toute son étendue. Ce matin le roi a envoyé son chevalier du Guet à mesdames Fouquet, leuf recommander de s’en aller toutes deux à Montluçon en Auvergne ; le marquis et la marquise de Charost à Ancenis, et le jeune Fouquet à Joinville en Champagne. La bonne femme amandé au roi qu’elle <ivait soixante et douze ans, qu’elle suppliait Sa Majesté de lui donner son dernier fils, pour l’assister sur la fin de sa vie, qui apparemment ne serait pas longue. Pour le prisonnier, il n’a point encore su son arrêt. On dit que demain on le fait conduire à Pignerol, car le roi change l’exil en une prison. On lui refuse sa femme, contre toutes les l'ègles. Mais gardez-vous bien de rien rabattre de votre joie pour tout ce procédé : la mienne est augmentée, s’il se peut, et me fait bien mieux voir la grandeur de notre victoire. Je vous manderai fidèlement la suite de cette histoire : elle est curieuse. Voilà ce qui s’est passé aujourd’hui ; à demain le reste.

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