‹ Lettres de madame Sévigne, avec les notes de tous le commentateursChapitre 37 sur 132 · DU COMTE DF. BUSSY A MADAME DE SfiVlGNÉ · texte numérisé non relu

DU COMTE DF. BUSSY A MADAME DE SfiVlGNÉ

• . . A Bussy, ce 25 raai 1667.

Pour vous parler franchement, j’étais ufi peu surpris de ne recevoir aucune réponse à la lettre (pie je vous écrivis il

LETTRES

y a plus de six mois, parceque je ne croyais pas qu’il vous fallût deux de mes lettres pour m’en attirer une des vôtres; mais, après les raisons que vous me mandez, je suis content.

On m’écrivit que vous étiez à Paris aussitôt que vous y fûtes arrivée. Pour moi, je n’irai point cette campagne, je vais 1a passer dans mes châteaux à les embellir et à augmenter mon revenu, que ceux qui se mêlaient de mes affaires avaient fort diminué, par les belles mains qu’ils prenaient de mes fermiers. Quoique je n’aie jamais fait jusqu’ici le métier d’un homme qui fait valoir son lijen lui-même, je ne m’en acquitte pas trop mal, et je ne le crois pas si pénible que je me l’étais figuré ; jç pense que le profit en ôte les épines.

Pour la guerre où vous me souhaitez, je ne suis pas de même sentiment que vous. Je vous rends pourtant mille grâces, ma chère cousine, de la part que vous prenez à ma méchante fortune; mais je vous en veux consoler, en vous disant les raisons que j’ai d’avoir là-dessus l’esprit en repos. Il faut donc que vous sachiez que, lorsque je fus arrêté *, j’étais tellement fatigué des injustices qu’on me faisait depuis huit ou dix ans , que j’étais à tous moments sur le point de me défaire de ma charge ; la seule raison qui m’en empêchait était la crainte des reproches qu’on m’aurait pu faire de m’être dégradé moi-même ; mais lorsque j’eus ordre de me démettre, j’en fus ravi, croyant qu’on ne s’en pourrait pas prendre à moi, et qu’on n’en pourrait accuser que la fortune. Si d’un état agi’éable j’étais passé tout d’un coup à un état malheureux, je sentirais tout ce que vous sentez; mais on m’a fait avaler, huit ans durant, tant de couleuvres, dont je ne me vantais pas , que je regardais la fin de ces misères , de quelque, façon qu’elle pût arriver, comme j<‘ j-egardais avimt cela d’être mai’échal de France ; .cîe sorte

I Hii-isy fut arri'lt' Ip 17 avril (6C.'>, ot romtiiil à la Raslillo.

que j’entends parler aujourd’hui du voyage de Flandre avec la même tranquillité dont j’entendais ces jours passés parler des revues de la plaine d’Ouilles. Ce n’est pas que je n’aie écrit au roi ; mais j’ai donné cela à M. de Noailles, qui m’y avait engagé , comme vous verrez par la copie de. sa lettre que je vous envoie , et non pas à l’envie que j’ai eue de refaire un métier où j’ai reçu tant de dégoûts. Je vous envoie aussi la copie de ma lçtj:re au roi. Si l’on me donnait un grand emploi et de quoi le soutenir, je serais ravi de recommencer; à moins que cela, je serais fort embarrassé si le roi recevait mes offres. Ainsi, Madame, cessez de me plaindre sur les chagrins que vous croyez que j’ai. Il y a bien des gens ’en France cpii ont de plus grands plaisirs que moi, mais il n’y en a point au monde qui aient moins de peines. Cependant j’ai autant de courage et d’ambition que j’en ai jamais eu; mais il est vrai que je ne suis pas assez fou pour me tourmenter pour des maux inévitables. Après les contrariétés de la fortune, je suis aussi peu fàclié de D’hêtre pas maréchal de France, que de n’ètre pas roi. Un honnête homme fait tout ce qu’il peut pour s’avancer, et se met au-dessus des mauvais succès quand il n’a pas réussi.

Quand on n’a pas ce que l’on aime , .

11 faut aimer ce que l’on a. ",

Je fais des vere aussi bien que vous , Madarne ; mais je suis assuré que je savais les miens, et je crois que vous avez fait les vôtres.

Mademoiselle de Sévigné a raison de me faire des amitiés ; après vous, je n’aime ni n’estime rien tant qu’elle : je suis pour ses intérêts, comme vous êtes pour les miens; je suis assuré qu’elle n’est pas si mal satisfaite de sa fortune que moi ; et sa vertu lui fera attendre sans impatience un établissement avantageux, que l’estime extraordinaire que j’ai pour elle me persuade être trop lent à venir. Voilé de

LKTTAES

f'randes paroles, Madjime; mais, en un mot, je l uinie fort, et je trouve qu'elle devrait plutôt être princesse que mademoiselle de Brancas ‘ .

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