‹ Lettres de madame Sévigne, avec les notes de tous le commentateursChapitre 38 sur 132 · DE MADAME DE SÉVIGNÉ A M. DE POMPONNE · texte numérisé non relu

DE MADAME DE SÉVIGNÉ A M. DE POMPONNE

A Fresnes, ce Jer août 4667.

N’en déplaise au ser.vice du roi, je crois, M. l’ambassadeur, que vous seriez tout aussi aise d’être ici avec nous, que d’être à Stockolm à ne regarder le soleil quedu coin de l’œil. .11 faut que je vous dise comraeje suis présentement, .l’ai M. d’Audilly à ma main gauche, c’est-à-dire du côté de mon cœur ; j’ai madame de La Fayette ^ à ma droite ; madame du Plessis ^ devant moi, qui s’amuse à barbouiller de petites images; madame de Motteville ^ un peu plus loin, qui rêve profondément ; notre oncle de Cessac que je crains pareeque je ne le connais guère ; madame de Caderousse mademoiselle sa sœur " qui est un fruit nouveau que vous ne connaissez pas, et mademoiselle de Sévigné sur le 'tout, allant et venant par le cabinet comme de petits frelons. Je suis assurée, Monsieur, que toute cette compagnie vous plairait fort, et surtout si vous voyiez de quelle manière on se souvient de vous, combien l’on vous aime, et le chagrin que nous commencions d’avoir contre votre excellence, ou pour mfeux dire contre votre mérite, qui vous tient longtemps à quàtre ou cinq cents lieues de nous. La dernière fois

* Françoise de Brancas, mariée à Charles de Lorraine, prince d’Harcourl. Son père, le conUe de Brancas, se rendit fameux par ses distractions, et a servi de modèle à La Bruyère pour le caractère de-Ménalque.

* Auteur de la Princesie de Clives.

s Madame I)uplessis-(îuènéitaud, dame de Frcsnc.

^ Auteur des Mémoires pour servir d l'Histoire d'Anne d'.lulriche.

I* Ceci est un titre d’amitié, car le marquis de Cessac n'était pas parent de madame de Sévigné.

•> Claire-Bénédietine de Cuenégaud, épouse du duc de Caderousse.

t Elisabeth-Angélique de Guénégaud, depuis femme du comte de Boiifllers.

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(jue je vous écrivis, J’avais toute ma’ tristesse et toute celle de mes amis. Présentement, sans que rien soit changé, nous avons toutes repris courage : ou l’on s’est accoutumé à son malheur, ou l’espérance nous soutient le cœur. Enfin nous revoilà tous ensemble avec assez de joie pour parler avec plaisir des Bayards et des comtesses de Chivergny, et même pour souhaiter encore quelque nouvel enchantement. Mais les magies d’ Amalthée^ ne sont pas encore en train, de sorte que nous remettons’ l’ouverture du théâtre pour ia Saint- Martin. Cependant le roi s’amuse à prendre la Flandre, et Castel-Rodrigue à se retirer de toutes les villes que Sa Majesté veut avoir. Presque tout le monde est en inquiétude ou de son fils, ou de son fière, ou de son mari, car, malgré toutes nos prospérités, il y a toujours quelque blessé ou ipielque tué. Pour moi, qui espère y avoir quelque gendre, je souhaite en général la conservation de toute la chevalerie.

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