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lut (l'abord, et (|ue lors(iue nous cherchions quelques formalités pour avoir le consentement 'de INeuchèse , alin d’entrer en votre place pour être payé, l’impatience vous prit ; et m’étant trouvée par malheur assez imparfaite de corps et d’esprit pour vous donner sujet de faire un fort joli portrait de moi , vous le fîtes, et vous préférâtes à notre ancienne amitié, à notre nom et à Injustice même, le plaisir d' être loué de votre ouvrage. Vous savez qu’une dame de ‘vos amies vous obligea généreusement de le brûler ; elle crut que vous l’aviez fait, je le cius aussi ; et (|uelque temps api'ès, ayant su que vous aviez fait des merveilles sur le sujet de M. Fouquet et le mien, cette conduite acheva de me faire revenir ; je me raccommodai avec vous à mon retour de Bretagne; mais avec quelle sincérité? Vous le savez. Vous savez encore notre voyage de Bourgogne , et avec quelle franchise je vous redonnai toute la part que vous aviez jamais eue dans mon amitié : je revins entêtée de votre société. Il y eut des gens qui me dirent en (îe tempslà : « J’ai vu votre portrait entre les mains de madame de « La Baume • , je l’ai vu. » Je ne répondis que par un sourire dédaigneux , ayant pitié de ceux qui s’amusaient à croire à leurs yeux. « Je l’ai vu, » me dit-on encore au bout de huit jours ; et moi, de sourire encore. Je le dis en riant à Corbinelli ; il reprit le même souris moqueur qui m’avait déjà servi en deux occasions, et je demeurai cinq ou six mois de cette sorte, faisant pitié à ceux dont je m’étais moquée. Enfin le jour malheureux arriva où je^vis moi-même, et de mes propres yeux hûjarrés , ce cpie je n’avais pas voulu croire. Si les cornes me fussent venues à la tête, j’aii-
< Il s'agit ici de la iiianiuiM* de La naiime, qui , s'élaiil procuré une copie maiiusrrile de<r .4 mouri de» Gaules, les fll iinpriincr à l’iiisu de Bussy. Voici le passade dont se plaiiil nindame de Si'vi;:iié ; « Madame de S<‘vi- « jeié est iiié;«a|e jiisqiies aux prunelles des yeux el jus<pies aux paupières; « elle a les yeux de dilTerentes couleurs, el les yeux elanl les miroirs de <1 l ame, ces iiiè^alilés soûl comme un avis tpte donne la nalure ;i ceux qui « 1 approi'henl, de ne pas faire un craml foudi-inenl sur son amilié. »
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rais été bien moins étonnée/ Je le lus et je le relus ce cruel portrait ; je l’aurais trouvé très joli, s’il eût été d’une autre que de moi et d’un autre que de vous : je le trouvai même si bien enchâssé, et tenant si bien sa place^dans le livre, que je n’eus pas la consolatiop de me pouvoir flatter qu’il fût d’un autre que de vops. Je le reconnus à plusieurs choses que j’en avais oui dire, plutôt qu’à la peinture de mes sentiments, que je méconnus entièrement. Enfin je vous vis au Palais-Royal, où je vous dis que ce livre courait. Vous voulûtes me conter qu’il fallait qü’on eût fait ce portrait de mémoire, et qu’on l’avait mis là : je ne vous crus point du tout. Je me ressouvins alors des avis qu’on m’avait donnés, et dont je m’étais moquée. Je trouvai que la place où était ce jMirtrait était si juste, que l’amour paternel vous avait empêché de vouloir défigurer cet ouvrage en l’ôtant d’un lieu où il tenait si bien son coin. Je vis que vous vous étiez moqué et de madame de Monglas et de moi, que j’avais été votre dupe, que vous aviez abusé de ma simplicité, et que vous aviez eu sujet demertrouver bien innocente, en voyant le retour de mon cœur pour vous, et sachant que le vôtre me trahissait : vous savez la suite.
Être dans les mains de tout le monde ; se trouver imprimée ; être le livre de divertissement de toutes les provinces, où ces choses-là font un tort irréparable ; se rencontrer dans' les bibliothèques, et recevoir cette douleur, par qui ? Je ne veux, point vous étaler davantage toutes mes raisons ; vous avez bien de l’esprit ; je suis assurée que si vous voulez faire un quart d’heure de réflexions, vous les verrez et vous les sentirez comme moi. Cependant que fais-je, quand vous êtes arrêté ? Avec la douleur dans l’ame, je vous fais faire des compliments, je plains votre maTheur,j’cn parle même dans le monde, et je dis assez librement mon avis sur le procédé de madame de l.a Baume pour en être brouillée a vec elle. Vous sortez de prison, je vous vais voir plusieurs fois. jevous dis adieu quand je partis pour la Bretagne; je
LETTBES
VOUS ai écrit, depuis que vous êtes chez vous, d’un style assez libre et sans rancune ; et enfin je vous écris encore, quand madame d’Epoisses me dit que vous vous êtes cassé la tète. * ^
Voilà ce que je voulais vous .dire une fois en ma vie , en vous conjurant d’ôter de votre esprit que ce soit moi qui aie tort. Gardez ma lettre , et la relisez , si jamais la fantaisie vous prenait de le croire , et soyez juste là-dessus , comme si vous jugiez d’une chose qui se fût passée entre deux autres personnes ; que votre intérêt ne vous fasse pas voir ce qui n’est pasi avouez que vous avez cruellement offensé l’amitié qui était enti’e nous, et je suis désarmée. Mais , de croire que , si vous répondez , je puisse jamais me taire, vous auriez tort, car ce m’est une chose impossible. Je verbaliserai toujours ; au lieu d’écrire en deux mots , comme je vous l’avais promis , j’écrirai en deux mille ; et enfin j’en ferai tant , par des lettres d’une longueur cruelle et d’un ennui mortel , que je vous obligerai , malgré vous, -à* me demander pardon , c'est-à-dire à me demander la vie. Faites-le donc de bonne * grâce. *
Au reste, j’ai senti votre saignée; n’était-ce pas le 17 de ce mois ? justement : elle me fit tous les biens du monde , et je vous en remercie. Je suis si difficile à saigner, que c’est charité à vous de donner votre bras au lieu du mien.
Pour cette sollicitation , envoyez-moi votre homme d’affaires avec un placet , et je le ferai donner par une amie à M. Didé ; car, pour moi , je ne le connais point ; et j’irai même avec cette amie. Vous pouvez vous assurer que , si je pouvais vous rendre service, je le ferais, et de bon cœur et de bonne grâce. Je ne vous dis point l’intérêt extrême que j’ai toujoui's pris à votre fortune ; vous croiriez que ce serait le Rabulinage qui en serait la cause r mais non , c’était vous ; c’est vous encore qui m’avez
causé des afflictions tristes et amères , en voyailt ces ttois nouveaux maréchaux de France*. Madame de Villars , qu’on allait voir, me mettait devant les yeux les visites qu’on m’aurait rendues en pareille occasion , si vous aviez voulu.
Je vous remercie de vos lettres au roi, mon cousin; elles me feraient plaisir à lire d’un inconnu , elles m’attendrissent; il me semble qu’elles devraient faire cet effetlà sur notre maître : il est vrai qu’il ne s’appelle pas Rahutin comme moi.
La plus jolie fille de France vous .fait des compliments; ce nom me parait assez agréable ; je suis pourtant lasse d’en faire les honneurs.