‹ Lettres de madame Sévigne, avec les notes de tous le commentateursChapitre 5 sur 132 · SI H MADAME DE OMIO.\A · texte numérisé non relu

SI H MADAME DE OMIO.\A

malheureuse, à la réconcilier avec la vie. Comme elle peint à . celle n\ère le besoin (|u’elle a de son amitié! « Vous êtes pour moi comme la santé, le plaisir des autres plaisirs, n e\pressioadont madame de Sévigné aurait pu lui envier l'heureuse énergie. Comment reconnaître cette aridité. de cœur qu'on ' lui suppose, dans la confiance sans borne avec laquelle elle épanchait tous ses soucis dans le sein maternel? « Voyez , lui . « dit son frère, comme vous avez voulu agir pour moi loutre « vos intérêts » Il y eut une époque où sa mère éprouva une sorte de pénurie. Madame de Grignan fut la première à • venir à son secours. Que lui manque-t-il donc pour rentrer en grâce a^ec ceux aux yeux desquels le mérite de la sensibilité tient lieu de tous les autres?

Quant au préjugé assez répandu , que ces deux femmes intéressantes ne pouvaient vivre ensemble, il fautd'almrd répondre par uii fait t c'estque sur les vingt-sept années qiiis'écou-lérent du mariage de madame de Grignan à la mont de madame de Sévigné, elles ne furent séparées que pendant moins de sept ans; eqeore voit-on que d'un côté la vieillesse de l'abbé de Coidangcs-, et de l’antre les refus de M. de Grignan, empêchèrent plusieurs fois la mère et la fille de se réunir.

— .Mais, -dites-vous , il s'éleva des nuages dans celte amitié. Madame de Sévigné souffrit et se plaignit souvent. — Au lien d'explications toujours contestables, je répondrai par des citations; je rapprocherai les passages qui mnnirent le mieux la dilTérencc des deux caractères, et les causes de ces désliarmonies momentanées. Ces textes parlent; que le lecteur les cotnmenle.

/.('/Or lin !t /ù'-rriei l()7l . — Vous «iriiez iiiicux iii’ écrire vos seiui iiienis que vous n’niftic/. à me les dire. ..

fht l'**! — Mi'ichanic, p<vHV(|uoi me c.tclie/.-vous de si précieux trésors? \ ousavez peur que je meure de Joie. Mais ne craijjnez-vous jws aussi que je meure du déplaisir de croire voir le contraire?.

I.)ii 1 1 Mars. — Vous êtes bien plaisante de ?nonlrcr mes lelircs. Ou est donc CO principe de caclioleric pour coque vous aimez?

Ihi l:> .Verd, — -le vous avoue une autre chose; c'est (pie je crois (pie voiis-m'aiinez. ^ ^

NOTICK

Du 2ti Mai. — N’allons point faire une séparation de votre aimable vue et de votre amitié; il y aurait trop de cruauté à sé|iarcr ces deux choses, et je veux croire plutôt que le temps' est venu qu’elles marche ront ensemble, que j’aurai le plaisir de vous voir sans mélange d’aucun nuage, et que je réparerai toutes mes injustices passées, puisque vous voulez bien les lioinmer ainsi ....

Ailleurs. — ie. vous prie, ne donnons point à l'absence l’honneur d’avoir rétabli une parfaite intelfigence entre notls, et de mon côté la persuasfon de votre tendresse pour moi

Uu 12 Juillet. — Je songe au temps où je vous voyais à toute

■heure Je regretté de ne vous avoir pas assez vue et d’avoir eu dans

certains moments des politiques qui m’ont ôté ce plaisir....

Ùu SI) Octobre au retour de Grignan. — Si mes délicatesses et les mesures injustes que je prends sur moi ont donné quclcpics désagr»’; ments àmon amitié, je vous conjure de tout mon cœur, ma fille, de les excuser en faveur de leur cause . ■

î)u 11 Juin 1677. — Je saùtt! aux nues qüand on viéi\t me dire ; Vous vous faites mourir toutes deux; il faut vous séparer. Vraiment,

Voilà un beau réméde Je n’ai jamais vu tant d'injustices qu’on m’en

a fait dans ces derniers temps ; ce n’est pas pour vous ; au contraire, je ne suis que trop contente de votre cœuf ; vous n’avez point caché votre amitié, comme VOUS le pensez

Du 30 Juin suivant. — Vous étiez dis|)oséc d’une manière si extraordinaire que les mêmes pensées qui vous ont déterminée à partir m’ont fait consentir à cette douleur. C’était un crime pour moi que d’être en peine de votre santé. Je vous voyais périr devant mes yeux, et il ne m’était pas permis de répandre une larme ( Et la suite.)

Z)u 18 Septembre — Ah ! ma très chère, que voulez-vous médire de pénitence et de pardon? Je ne vois plus rien que tout ce que vous avez d’aimable; et mon cœur est fait d’une manière pour vous qu’encore que je sois sensible jusqu’à l’excès à tout ce qui vient de vous , une douceur, un retour, une caresse, une tendresse me désarme et me guéri l en un moment..... Si votre cœur était un peu plus ouvert, vous ne seriez pas si injuste

Janvier 1(580. — Je vous prie de ne plus dire de mal de votre humeur; votre cœur et votre ame sont trop parfaits pour laisser voir ces légères ombres.

• On citerait bien d’autres passages semblables ; ils nous monireraient ces deux belles aines également empressées à s'accuser, Cl chacune animée du soin délicat d’atténuer les torts de l'autre en etagérani les siens propres. Ajoutons ici ce petit

SUB MADAMB 1)Ë (iKKÎMAN. XXVIl

reproche lie madiimc de L» Fayette à son amie : « Vos défiances composent voire unique défaut. » Nous voilà en état de prononcer sur cette amitié célèbre. Il est évident que le sentiment prenait dans ces deux âmes des nuances différentes, soit de leurs qualités de mère et de fille, soit de leur caractère propre. Si l’une était trop peu expansive, l'antre, peut-être, l’était beaucoup trop. Les réticences de celle-là î\vaienl l'air de la fVoideur, tandis que l’impéluosité ombrageuse et les empressements inquiets de celle-ci ressemblaient quelquefois à une espèce de tyrannie. Madame de Grienaj) devint malade; ce qu'il y avait d'opposé entre son humeur et la passion de sa mère en parut plus sensible. Mais ces princffies d'irritation se calmèrent; l’une perdit ses défiances, l'autre se montra pins confiante; en sorte que, dans les seize dernières années de la vie dé madame de Sévigné, on n'aperçoit entre elles aucune trace des premiers malentendus. Après tout, ceux qui ont cru qu’elles' ne s'aimaient pas, p.arcequ'elles se plaignaient quelquefois l’une de l'autre, ne connaissent rien en amour ni même en amitié.

Apparemment aussi , les lettres de madame de Grignan à sa mère la justifieraient encore mieux; par malheur, elles sont perdues, cl, à ce qu’il parait, sans retour. L’éditeur de 17."4 nous apprend qu'elles furent brûlées en 1734, et sacrifiées à «n scrupule de dévotion. Ces termes remarquables m’ont fait faire quelques recherches. Je trouve en effet des raisons de présumer qu'elle penspU sur certaines matières plus librement qu’il n'éjait alors permis de le faire ou d’usage de l’avouer. Son père Descarlcs lui avait appris à douter, et à ne recevoir pour vrai que ce qu'elle avait reconnu pour tel par un usage jiien entendu de sa raison. Sa libère lui parle souveftt de sa conversion comme d’une chose difficile et éloignée. Elle lui écrit en 1680'; « Vous parlez si sagement des plaisirs, que la philosophie chrétienne n'en sait pas davanhige. » Il faut croire rue l'autre philosophie dominait dans sa correspondance.

Madame de Grignan mourut le 13 août 1703, âgée d’environ cinquante-sept ans, peut-être de douleur d’avoir perdu , l’année précédente, son fils, que la petite-vérole lui enleva, et en qui s'éteignit le nom et la maison de Grignan.

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