‹ Lettres de madame Sévigne, avec les notes de tous le commentateursChapitre 57 sur 132 · DU COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ · texte numérisé non relu

DU COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ

A Bussy, ce 6 juin 1669.

Vous me mandez que je vous menace de vous aimer éperdument, que vous vous accommoderiez encore mieux de ma haine que de mon extrême tendresse, que je suis un homme bien excessif, que c’est une chose étrange que je ne puisse trouver de milieu entre vous offenser outrageusement ou vous aimer plus que ma vie, et que des mouvements si impétueux sentent le fagot; voilà bien de l’aigreur, ma belle cousine, et je ne sais si je la mériterais quand je voudrais m’excuser du tort que j’ai eu autrefois avec vous ; mais, assurément, je n’en suis pas digne aujourd’hui, et vous avez tort, à votre tour, quand vous insultez un homme qui se condamne, et qui, après vous avoir fait une espèce d’amende honorable, badine avec vous.

Je vous estime assez pour ne pas croire que vous en eussiez usé de la sorte, si l’on ne vous avait échauffée ; mais je vois bien que vous avez montré ma lettre à M. et à madame de Grignan, et que vous avez concerté avec eux la réponse que vous m’avez faite ; elle est trop pleine d’injure.s contre moi et de louanges pour lui, pour que vous n’ayez

LEÏTBES

pas eu dessein de lui plaire. Madame de Grignan m'écrit à peu près sur le même ton de panégyrique pour son mari ; • mais cet entêtement est plus excusable dans une femme nouvellement mariée que dans une belle-mère, .le vous bï (lis avec la même sincérité dont vous m’écrivez, ma belle cousine ; vous êtes quelquefois ( en tout bien et en tout honneur ) oussi extrême que moi.

Au reste , ne vous alarmez pas encore trop de mon amour, si vous le prenez pour une menace ; il n’y a rien ([ue je ne fasse pour vous rassurer, et je vous haïrais plu- 1(H que de ne vous pas mettre sur cela l’esprit en repos ; mais je. ne vous entends pas quand vous dites que des mouvements si impétueux sentent le fagot, et je n’ai jamais ouï dire que pour se brouiller avec .sji cousine, ou pour l’aimer plus que la vie, on méritât d’être brûlé.

Madame de Grignmi me mande, comme vous savez, (|ue son mari , bien loin de comprendre (ju’il dût commencer à m’écrire, trouve assez mauvais que je n’aie daigné lui faire' un compliment, parce(|u’il s’est ti’ouvé si heureux (ju’il croyait tout le monde obligé de le féliciter. Si je voulais, je lui répondrais (pie son mai-i, bien loin de nous faire voir (|u’il se tient aussi heureux (|u’elle me dit qu’il se croit, témoigne, en ne suivant pas l’usage reçu de tous les honnêtes gens, qu’il n’a pastrouvélesgracesqu’ilattendaitd’ellc. ' ■ • Mais je ne veux lui ré|X)ndre autre chose, sinon que si une aussi bonne fortune que la sienne lui a fait tourner la. . tête, pour moi, (pii ne suis pas si heureux, j’ai conservé toute ma raison, et que j’essaierai de m’eu servir toujours en cette matière, et surtout en vous honorant et en vous aimant comme je dois.

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