‹ Lettres de madame Sévigne, avec les notes de tous le commentateursChapitre 58 sur 132 · DE MADAME DE SÉVIGNÉ AU COMTE DE BUSSY · texte numérisé non relu

DE MADAME DE SÉVIGNÉ AU COMTE DE BUSSY

A Paris, ce 9 juin 1669

Ah! Comte, est-ce vous qui m'avez écrit la lettre que je

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viens de recevoir? J'étuis si fort étonnée, en la lisant, que j’en paraissais éperdue; je ne pouvais croire’ ce que je voyais. Est-il possible que la plus folle lettre du inonde puisse être prise de eette manière par un homme qui entend aussi bien raillerie (|ue vous , et qui saurait même donner de bonnes explications à une lettre, si elle en avait besoin ? mais je soutiens que la mienne parle toute seule. V’ous m’écriviez des folies, et je vous en répondais ; je bailinais assez bien, ee me semble, sur les extrémités dont vous êtes capable sur mon sujet ; je les exagérais pour mieux badiner; je trouvais que votre cœur était si loin di* l’indifference et si fort accoutumé à n’axoir que de la passion , ou de haine , ou de tendresse pour moi , que c’était justement à dire (|u’il était né pour avoir de l’amour. Diton ces choses-lii sérieusement? Et pour l’expression de sentir te foijot, que vous avez prise dans toute sa force, je vous le pardonne : vous avez été autrefois dans une cabidc où il n’en fallait rien diminuer ; mais je pensais (|ue vous sussiez (ju’on l’avait rendue un peu moins terrible, et qu’on s’en servait moins communément pour expliquer des choses extraordinaires. Cela sent bien le facjut, c’était à dire cela sent bien son homme qui aurait été amoureux de moi, si je l’avais laissé faire, et qui le serait encore, pour peu ((ue je l’en priasse. Et tout cela, bon Dieu! peut-il être autre chose ' qu’un jeu ? Cependant vous me rassurez en me disant qu’il est aisé de me tirer de peine là-dessus; vous trouvez que je. vous dis des injures; vous trouvez qu’un cousin qui aimerait sa cousine ne mériterait pas d’être brûlé ; vous trouvez (|ue je suis entêtée deGrignan; vous tenez votre gravité. Comte, est-ce vous, encore une fois? Gardez ma lettre, je vous prie ; relisez-la, démontez votre sérieux, représentezvous combien nous aurions ri de tout cela; mais ce n’est plus vous, .l’étais vive et gaie en écrivant ma lettre, et je ne doutais iMiint cprclle ne vous divertit dans votre solitude, puis(|u’elle me réjouissait ici; j'y attendais une re“

LEÏTHES

ponse encore plus enjouée , s’il se pouvait ; et Je vous jure {{ue j’ai cru , en lisant votre lettre , que je ne lisais ou que je n’entendais pas bien. Nous avions trouvé quelque chose de plaisant à renverser tout l’ordre gothique des familles et d vous faire écrire un compliment le premier. Je vous jure qu’il y avait ici une lettre tout écrite (jue nous n’avons pas voulu envoyer; nous n’avons point fait tant de façons pour tous nos parents de Bretagne; ils ont reçu des lettres de nous. On voulait badiner avec vous , et vous en êtes à cent lieues loin. Est-ce vous, Comte, qui n’avez point aimé ma dernière lettre? est-ce vous qui m’avez répondu ce (jue voilà? N’espérez pas cpie je vous parle d’autre chose (pie de ma lettre; je garderai la vôtre, et j’espère que quel- (|ue jour vous reviendrez dans ce bon sens qui était* si agréable et si droit. Non-seulement je n’ai pas reconnu mon sang dans votre style, mais je n’y ai pas reconnu le votre; si cela durait, nous pourrions nous faire saigner tant qu’il nous plairait , sans crainte de nous affaiblir l’un l'autre. ' “

N’avez-vous point écrit au roi au commencement de cette guerre ? ne me supprimez pas le plaisir de voir ce (jue vous lui mandez.

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