‹ Lettres de madame Sévigne, avec les notes de tous le commentateursChapitre 59 sur 132 · C9. — DU COMTK DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ · texte numérisé non relu

C9. — DU COMTK DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ

A Bussy, ce (2 juin (069.

Avant que de répondre à votre dernière lettre, ma chère cousine, je vous déclare que je suis- le plus content du monde de vous, et que, quand vous devriez dire que je suis un homme d’extrémités, je vous aimerai et je vous estimerai toute ma vie. Avec tout cela, trouvez bon qu’avec tout le respect et toute la douceur imaginables je justifie mon pi’océdé.

Quoique avant et après le mariage de madame de Grignan je m’attendisse à une lettre de monsieur son mari, et

UK MADAME DE SKVlUNK.

qu’il ne m’entrât point dans la tête qu’on pùt plaisanter sur cela, je n’en disais mot, espérant un jour vous en faire mes plaintes, lorsque madame de Bussy me manda que vous lui aviez témoigné trouver étrange que je ne vous eusse point écrit après ce meu*iage, et particulièrement que je n’en eusse point fait de compliment à madame de Grignan; et sur cela je vous écrivis une lettre que vous me mandez qui était fort badine : en effet, tout ce qui vous regardait l’était extrêmement ; mais vous ne sauriez disconvenir que l’article de M. de Grignan ne fût sérieux ; vous pourriez le voir encore si vous aviez gardé ma lettre, et pour moi, je m’en souviens mot pour mot. Cela étant, vous savez trop bien >ivre pour répondre en badinant à un endroit où on a parlé tout de bon ; aussi ne l’avez-vous pas fait, et quoique vous ayez affecté un air de raillerie, vous l’avez mêlé de choses sérieuses ; comme, par exemple, quand vous me priez d’écrire à M. de Grignan pour l’amour de vous, que j’aime , peut-on prendre cela comme une plaisanterie ? Non, il n’est pas possible ; du reste, il ne faut pas que vous prétendiez me persuader que je n’entends point raillerie : je ne l’ai jamais si bien entendue que je fais, et je ne me ^ suis jamais si peu laissé aller au chagrin que la fortune m’a voulu donner; mais surtout je n’aijamais eu tant de disposition à vous aimer que j!en ai, je n’oserais plus dire ce terrible mot d’éperdument, mais, à vous bien aimer. Au nom de Dieu, ma chère cousine, ne me donnez pas sujet de la vouloir changer.

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