‹ Lettres de madame Sévigne, avec les notes de tous le commentateursChapitre 71 sur 132 · DE MADAME DE Sft VIGNE AU COMTE DE GRIGNAN i · texte numérisé non relu

DE MADAME DE Sft VIGNE AU COMTE DE GRIGNAN i

•V Caris, mercredi -25 juin 1670.

Vous m’avez écrit la plus aimable lettre du monde; j’y aurais fait plus tôt réponse, si je n’avais su que vous couriez par votre Provence. Je voulais d’ailleurs vous envoyer les motets que Vous m’aviez demandés : je n’ai pu encore les avoir; de sorte qu’en attendant , je veux vous dire que je vous aime toujoui-s très tcudrernent, et que si cela peut vous donner <|uelque joie, comme vous me. le dites, vous

< M. do (irignan ^lait depuis pou on Crovonco, où lo service du roi l’avail oldigù de so rendre. Madame do Grignan était djjmeuréc li Caris^, à cause do sa grossesse. (G.)

LETXBES

devez être l’homme du monde le plus content. Vous le serez sans doute beaucoup du commerce que vous avez avec ma fille : il me parait très vif de sa part; je ne «rois point qu’on puisse plus aimer qu’elle vous aime. Pour moi, j’espère que je vous la rendrai saine et entière , avec un petit enfant de même, ou j’y brûlerai mes livres. Il est vrai que je ne suis pas habile, mais je sais bien demander conseil, et le suivre; et ma fille, de son côté, contribue fort . à sa conservation.

J’ai mille compliments à vous faire de M. de la Rochefoucauld et de son fils; ils ont reçu tous les vôtres. Madame de La Fayette vous rend mille grâces de votre souvenir, aussi bien que ma tante et mon abbé 2, qui aime votre femme de tout son cœur : ce n’est pas peu, car si elle n’était pas bien raisonnable, il la haïrait le plus franchement du monde.

Si l’occasion vous vient de rendre quelque service à un gentilhomme de votre pays, qui s’appelle ***, je vous conjure de le faire : vous ne me sauriez donner une marque plus agréable de votre amitié. Vous m’avez promis un canonicat pour sou frère ; vous connaissez toute sa famille. Ce pauvre garçon était attaché à M. Fouquet ; il a été convaincu d’avoir servi à faire tenir à madame Fouquet une lettre de son mari ; sur cela il a été condamné aux galères pour cinq ans : c’est une chose un peu extraordinaire; vous savez que c’est un des plus honnêtes garçons qu’on puisse voir, et propre aux galères comme à prendre la lune avec les dents.

Brancas est fort contept de vous, et ne prétend pas vous épargner quand il aura besoin de votre service : il est persuadé qu’il vous a donné une si jolie femme , et qui vous aime si tendrement , que vous ne pouvez jamais en faire

* Henrielle de Coulanges, sœur de la mère de madame de Sevigné. (G )

> Christophe de Coulanges, oncle de inadaroo de Sévigné, abbé de Notre- Oamo-de-Livry. (G.)

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assez ponr vous acquitter envers lui. Adieu, mon très cher (^ornte; je vous embrasse de toute la tendresse de mou cœur.

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