‹ Lettres de madame Sévigne, avec les notes de tous le commentateursChapitre 74 sur 132 · DE MADAME DE SÉVIGNÉ A M. DE GRIGNAN · texte numérisé non relu

DE MADAME DE SÉVIGNÉ A M. DE GRIGNAN

A Paris, mercredi 6 août 1670.

Est-ce qu’en vérité je ne vous ai pas donné la plus jolie femme du monde? Peut-on être plus honnête , plus régulière? Peut-on vous aimer plus tendrement? Peut-on avoir des sentiments plus chrétiens? Peut-on souhaiter plus passionnément d’être avec vous? Etpeut-bn avoir plus d’attachement à tous ses devoirs? Cela est assez ridicule que je dise tant de bien de ma fille ; mais c’est que j’admire sa conduite comme les autres, et d’autant plus que je la vois de plus près; et qu’à vous dire vrai, quelque bonné opinion que j’eusse d’elle sur les choses principales, je ne croyais point du tout qu’elle dût être exacte sur toutes les autres au point qu’elle l’est, je vous assure que le monde aussi lui rend bien justice, et qu’elle ne perd aucune des louanges qui lui soiit dues. Voilà mon ancienne thèse qui me fera lapider un jour, c’est que le public n’est ni fou ni injuste : madame de Grignem doit être trop contente de lui

> Ce n'est pas l’Arnolphe de l’Êeole des Femmes, c’est le Sganarelle de t’F.roLe des Maris qui dit : .

F.h ! qu'il ett doucereux ! c'est tout sucre e( tout miel !

DK MADAME DE SEVIGNK. 133

jK)ur disputer contre moi présentement. Elle a été dans des peines de votre santé qui ne sont pas concevables ; je me réjouis que vous soyez guéri, pour l’amour de vous et polir l’amour d’elle. Je vous prie que, si vous avez encore quelque bourrasque ù essuyer de votre bile, vous en obteniez • d’attendre que ma fille soit accouchée. Elle se plaint encore tous les jours de ce qu’on l’a retenue ici, et dit tout sérieusement que cela est bien cruel de l’avoir séparée de vous. Il semble que ce soit par plaisir que nous vous ayons mis à deux cents lieues d’elle. Je vous prie sur cela de calmer son esprit, et de lui témoigner la joie que vous avez d’espérer qu’elle accouchera heureusement ici. Rien n’était plus impossible que de l’emmener dans l’état où elle était ; et rien ne sera si bon pour sa santé , ni même pour sa répiitaflon, que d’y accoucher au milieu de ce qu’il y a de plus habile, et d’y être demeurée avec la conduite qu’elle a. Si elle voulait, après cela, devenir folle et coquette, elle le serait plus d’un an avant qu’on pût le croire, tant elle a donné bonne opinion de sa sagesse. Je prends à témoin tous tes Grignans qui sont ici de la vérité de. tout ce que je dis. La joie que j’en ai a bien du rapport à vous, car je vous aime de tout mon cœur, et suis ravie que la suite ait si bien justifié votre goût. Je ne vous dis aucune nouvelle ; ce serait aller sur les droits de ma fille. Je vous conjure seulement de croire qu’on ne peut s’intéresser plus tendrement que je fais à ce qui vous touche.

A Paris, vendredi tSaoill 1670.

Si je vous écris souvent, vous n’avez pas oublié que c’est à condition que vous ne me ferez .point de réponse ; et, dans cette confiance, je vqus dirai que je me réjouis de tous tes honneurs dont vous êtes accablé. Il me parait que M. te commandant n’y a pa.splus de part que M. de Grignan ; et I. ’ s

LETTRES

je vois, ce me semble, un fonds pour vous (jui ne serait point pour un autre. Je vois un commerce si vif entre vous et une certaine, dame , qu’il serait ridicule de prétendre vous rien mander. Il n’y a pas seulement la moindre espérance de vous apprendre qu’elle vous aime : toutes ses actions, toute sa conduite, tous ses soins, toute sa tristesse,* vous le disent assez. Je suis fort délicate en amitié, et ne m’y- connais pas trop mal. Je vous avoue que je suis contente de celle que je vois, et que je n’en souhaiterais pas • davantage. Jouissez de ce plaisir, et n’en soyez pas ingrat. S’il y a une petite place de reste dans votre cœur, vous me ferez un plaisir extrême de me la donner, car vous en avez une très grande dans le mien. Je ne vous dis point si j’ai soin de votre chère moitié, si j’ai la dernière application pour sa santé, et si je souhaite que toute la barqtle arrive à . bon port : si vous savez aimer, vous jugerez aisément de tous mes sentiments. Plut à Dieu que votre pauvre femme fût aussi heureuse que la petite Deville * 1 elle vient d’accoucher d’un garçon qui parait avoir trois mois. Ma fille disait tout à l’heure : Ah 1 que je suis fâchée ! la petite Deville a pris mon garçon ; il n’en vient point deux dans une même maison. Je lui ai donné, c’est-à-dire à ma fille, un livre pour vous ; vous le trouverez d’une extrême beauté ; il est de l’ami intime de Pascal ; il ne vient rien de là que de parfait : lisez-le avec attention. Voilà aussi de très beaux airs, en attendant des motets. IN’abandonnez point votre voix, n’abandonnez point votre taille ; enfin ne cessez point d’être aimable,’puis(iue vous êtes aimé.

A Paris, vendredi 12 septembre 1670.

Ce n’est point pour entretenir un commerce avec vous,

1 Femme du maître d hdtel de M. de Urignan.

» ,M. Nicole.

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DE MADAME DE SEVIG?iE.

j’eii ferais scrupule, sachant de (|uclle sorte vous êtes accablé de celui de madame de Grii^nan. Je vous plains d’avoir à lire de si grandes lettres - je n’ai jamais rien vu de si vif, et je crois que, pour en être délivré, vous voudriez (|u’elle fût avec vous; voilà où vous réduit son importunité. Elle est présentement séparée de nous au coin de sa chambre, avec une petite table et une écritoire à part, ne trouvant pas que M. de Coulanges, ni moi, nous soyons dignes d’approcher d'elle. Elle a été au désespoir (jue vous m’ayez écrit : je n’ai jamais vu une femme si jalouse ni si envieuse. Elle a beau faire, je la défie d’empêcher notre amitié. Vous avez une grande part aux soins que j’ai de sa santé; et ([uand je songe au plaisir (jue vousîuirez d’avoir une femme et un enfant gais et gaillards, je redouble toute l’application que j’ai à vous donner cette joie. J’espère que tout ira bien ; il nous semble même tpie depuis quelques jours cet enfant est devenu un garçon. Adieu, mon très cher. Je vous défends de m’écrire, mais je vous conjure de m’aimer. Pour moi, je vous aime ; il y a si longtemps, que je ne crois plus qu’il soit besoin de vous le dire.

M. DE COULANGES AU MflME.

Vous avez beau dire et beau faire, si faut-il que je vous dise ici. Monsieur, que je suis très aise que vous soyez content de l’intendant et de l’intendante de Lyon '. Ils sont charmés de vous l’un et l’autre; il n’est pas jusqu’à ma* petite belle-sœur 2 qui ne nous écrive mille belles choses de vous. INe vous mettez jamais eu peine de me faire réponse : .souffrez seulement que , me trouvant ici quand on vous écrit, je vous assure toujours que vous n’avez point de serviteur qui vous soit plus acquis que moi.

1 M. et madame du (iué-Baguols, dont la flile aitiéc était femme de M. de t^oulanges. ((î.)

* Mademoiselle du Gué-Ilagnols, qui fut mariée depuis i M. du Uué-Bagnols, intendant de Flandre, soiÇcousin. (G.)

1 36 LETTRES

. Madame votre femme est belle comme un ange. Madame votre femme vit comme un ange ; et, s’il plait à Dieu, elle accouchera heureijsement d’un ange. Voilà tout ce que j’ai à vous dire pour aujourd’hui. Puis([ue vous êtes content de ma belle-sœur, trouvez-lui un peu quelque bon parti dans votre province : elle est nièce de M. Le Tellier, et cousine-germaine de M. de Louvois.

A Paris, mercredi i9 novembre 1670.

Madame de Puizieux ^ dit que, si vous aviez envie d’avoir un fils, vous preniez la peine de le faire : je trouve ce discours le plus juste et le meilleur du monde. V'ous nous avez laissé une petite fille, nous vous la rendons. Jamais il n’y eut un accouchement si heureux. Vous saurez que ma fille et moi nous allâmes samedi derniar nous promener à l’Arsenal : elle sentit de petites douleurs. Je voulus, au retour, envoyer quérir madame Robinet ; elle ne le voulut jamais. On soupa ; elle mangea très bien. M. le coadjuteur^ et moi nous voulûmes donner à cette chambre un air d’accouchement ; elle s’y opposa encore d’une façon qui nous persuadait qu’elle n’avait qu’une colique de fille. Enfin, comme j’allais envoyer,, malgré elle, quérir la Robinette, voilà des douleurs si vives, si extrêmes, si redoublées, si confinuelles, des cris si violents, si perçants, que nous comprimes très bien qu’elle allait accoucher. La difficulté, c’est qu’il n’y avait point de sage-femme ; nous ne savions tous où nous en’ étions ; j’étais au désespoir. Ma fille demandait du secours et une sage-femme ; c’était alors qu’elle la souhaitait : ce n’était pas sans raison ; car, comme nous eûmes fait venir en diligence la sage-femme de la Deville,

' Charlotte d'Estampes-Valancar, marquise de Puisieux. (G.)

* Jean-Vaptiste .^dh^mar de Muntcil, coadjuteur d'Arles, frère de M. de Gri^oan. ^G.)

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elle reçut l’enfant un quart d’heure apK*s. Dans i*e moment, Pequet ‘ arriva, qui aida à*la délivrer. Quand tout fut fait, laRobiuette arriva un peu étonnée; c’est qu’elle , s’était amusée à accommoder madame la duchesse, pensant en avoir pour toute la nuit. D’abord Hélène ^ me dit : Madame, c’est un petit garçon. Je le dis au coadjuteur ; et puis <{uand nous le regardâmes de plus près, nous trouvâmes ((ue c’était une petite fille. Nous en sommes un peu honteuses quand nous songeons que tout l’été nous avons fait des béguins au Saint-Père 3, et qu’après de si belles espérances, la signora met au monde une fille. Je vous assure ((ue cela rabaisse le caquet. Rien ne console que la parfaite , santé de ma fille ; elle n’a pas eu la fièvre de son lait. Sa fille a été baptisée et nommée Marie-Blanche M. le coadjuteur pour M. d’Arles 3 ; et moi pour moi. Voilà un détail ([u’on haïrait bien pour des choses indifférentes ; mais on l’aime fort pour celles qui tiennent au cœur. M. le premier président de Provence ® est revenu exprès de Saint-Germain pour faire son compliment ici. Jamais je n’ai vu de si grandes apparences d’une véritable amitié. Que vous dirai-je encore? Oserai-je le dire? Je crois que la santé de votre chère épouse vous en consolera : c’est que notre aimable duchesse de Saint-Simon 7 a la petite- vérole si dangereusement que l’on craint pour sa vie. Adieu, mon cher ; je laisse à votre pauvre cœur à démêler tous ces divers sentiments : vous savez les miens il y a longtemps sur votre sujet. Des médisants disent que Blanche d’Adhémar ne sera pas d’une beauté surprenante ; et les mêmes gens ajou-

1 Médecin de M. Fouquet.

* Une des femmes de madame de Sévigné.

> Voyez le conte de l’Uermite, par La Fontaine.

^ La même qui, dans la suite, fut religieuse aux Dames de Sainte-Marie d'Aix, et mourut âgée de soixante-deux ans.

s François Adhcniar de Monteil, archevêque d'Arles, commandeur des ordres du roi, oncle de M. de Grigiian.

8 M. de Forbiu d'Oppéde.

' Diane-Hcnriclte de Budos, ducliesse de Saint-Siiimii.

LETTBES

tent(|ir»‘llc vous ressemble. Si cela est, vous ne doutez pas (pie je ne l'aime fort.

) A Paris, mercredi 26 novembre 1670.

Vous avez une lettre de votre chère femme ; n’est-ce pas une folie de se mêler de vous écrire? ce n’est aussi (pie pour vous dire que madame la duchesse de Saint-Simon est hors de tout danger. Le jour que je vous écrivis , elle avait reçu tous ses sacrements , et l’on ne croyait pas (pi’elle dût vivre deu.x jours. Présentement , vous pouvez sentir toute la joie que vous donne .la bonne santé de ma fille. Elle a reçu tantôt une nouvelle qui lui donne beaucoup de déplaisir ; elle croyait que le petit de Noirmoutier ^ dût être aveugle ; elle avait fait là-dessus toutes ses réfle.xions morales et chrétiennes ; elle en avait eu toute la pitié que méritait un tel accident : tout d’un coup on lui vient dire qu’il verra claii*, et que ses pauvres yeux , que la fluxion avait mis hors de la tête , y étaient rentrés heureusement comme si de rien n’était : là-dessus , elle de- mande ce qu’on veut qu’elle fasse de ses réflexions, et dit (pi’on vient lui déranger ses pensées ; qu’on a bien peu de considération |buu’ elle de lui dire cette nouvelle avant que les neuf jours soient passés. Enfin nous avons tânt ri de cette folie, que nous avions peur qu’elle n’en fût malacTe.

jNI. le Grand ^ et le maréchal de Bellefond courent lundi dans le bois de Boulogne , sur des chevaux vites comme des éclairs: il y a trois mille- pistoles de pari pour cette course.

I .Vntoine-François rtc l.a Tri^moillc, rtiic rtc Xoinnoulicr. Il était alor.s ;1rc rtc ilix-liiiit ans.

* l.c (traiirt-éciiycr rtc l'iaiicc, l.oiiis rti'^l.orrainc, comte rt'Armapnac.

. ■ A Paris, vendredi 28 novembre 1670.

Ne parlons plus de cette femme , nous l'aimuns au-ilelà de toute raison ; elle se porte très bien, et je vous écris en mon propre et privé nom. Je veux vous parler de M. de Marseille', et vous conjurer, par toute la confiance que vous pouvez avoir en moi, de suivre mes conseils sur votre conduite avec lui. Je connais les manières des provinces, et je sais le plaisir qu’on y prend à nourrir les divisions ; en sorte qu’à moins que d’être toujours en garde contre les discours de ces messieurs , on prend insensiblement leurs sentiments , et très souvent c’est une injustice. Je vous assure que le temps ou d’autres raisons ont changé l’esprit de M. de Marseille : depuis quelques joui’s il est fort adouci , et , pourvu que vous ne vouliez pas le traiter comme un ennemi , vous trouverez qu’il ne l’est pas. l’renons-le sur ses paroles , jusqu’à ce qu’il ait fait quelque chose de contraire ; rien n’est plus capable d’ôter tous les Ixms sentiments que de marcpier de la défiance; il suffit souvent d’être soupçonné comme ennemi pour le devenir : la dépense en est toute faite, on n’a plus rien à ménager. Au contraire , la confiance engage à bien faire ; on est touché de la bonne opinion des autres, et on ne se résout pas facilement à la perdre. Au nom de Dieu , defeserrez votre cœur, et vous serez peut-être surpris par un procédé que. vous n’attendez pas. Je ne puis croire qu’il y ait du venin caché dans son cœur, avec toutes les démonstrations qu’il nous fait , et dont il serait honnête d’être la dupe , plutôt ((UC d’être capable de le soupçonner injustement. Suive/, mes avis , ils ne sont pas de moi seule : plusieurs bonnes tètes vous (icmandenl celte conduite, et \ous assurent que

1 Tmiÿ.sniiil il<‘ Korliiu-J.insoii, cvrinir ili- Vlarsi’illr, ilcpui.'; rvAqiir ri romlr <lr llrauv.ii!>, raiiiinal ri Krainl-aiiini'iniiT de l'ranrr.

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LETTRES

vousii’y serez pas trompé. Votre famille en est persuadée : nous voyons les choses de plus près que vous ; tant de peisonnes qui vous aiment , et qui ont un peu de bon sens , ne peuvent guère s’y méprendre. ’

Je vous mandai l'autre jour que M. le premier président de Provence * était venu de Saint-Germain exprès, aussitôt que ma fille fut accouchée, pour lui faire son compliment : on ne peut témoigner plus d’honnêteté , ni prendre plus d’intérêt à ce qui vous touche. Nous l’avons revu aujourd’hui ; il nous a parlé le plus franchement et le mieux du inonde sur l’affaire que vous ferez proposer à l’assemblée ( des Etats de Provence ) : il nous a dit jqu’on vous avait envoyé des ordres pour la convoquer, et qu’il vous écrivait pour vous faire part de ses conseils , que nous avons trouvés très bous. Comme on ne connaît d’abord les hommes que par les paroles , il faut les croire jusqu’à ce que les actions les détruisent; on trouve quelquefois que les gens qu’on croit ennemis ne le sont point ; on est alors fort honteux de s’être trompé ; il suffît qu’on soit toujours reçu à se haïr, quand on y est autorisé. Adieu , mon cher Comte ; je me fonde en raison , et je vous importune.

Madame de Coulanges ^ m’a mandé que vous m’aimiez ; {juoique ce ne me soit pas une nouvelle , je dois être fort aise que cette amitié résiste à l’absence et à la Provence , et qu’elle se fasse sentir dans les occasions.

J’ai bien à vous remercier des bontés que vous avez eues pour ***; il m'en est revenu de grands compliments. Le roi a eu pitié de lui ; il n’est plus sur les galères , il n’a plus de chaîne , et demeure à Marseille en liberté. On ne peut trop louer le roi de cette justice et de cette bonté.

• M. de Forbiii d’Oppéde.

> Madame de Coulanges élail à Lyon dans ce lenips-l.i.

■A Paris, mercredi 5 décembre 1670.

Héliis ! c’est donc à moi à vous mander la mort de madame la duchesse de Saint-Simon , après dix-huit jours de petite-vérole, tantôt sauvée, tantôt à l'extrémité? Enfin , elle mourut hier, et sa mort laisse presque tout le monde affligé de la perte, d’une si aimable personne. Pour moi , J’en suis touchée au dernier point. Vous savez l’inclination naturelle que j’avais pour elle ; si vous en avez conservé autant., vous serez fâché d’apprendre une si triste nouvelle.

Au reste , le père Bourdaloue prêche divinement bien aux Tuileries. Nous nous trompions dans la pensée qu’il ne jouerait bien que dans son tripot ; il passe infiniment tout ce que nous avons ouï.

Adieu, mon très cher Comte; votre frère a prêché tantôt avec une approbation générale et sincère.

A Paris, mercredi 10 décembre 1670.

Madame de Coulanges m’a mandé plus de cpiatre fois (jue vous m’aimiez de tout votre cœur, que vous parliez de moi , que vous me souhaitiez. Comme j’ai fait toutes les avances de cette amitié, et que je vous ai aimé la première, vous pouvçzjuger à quel point mon cœur est content d’apprendre que vous répondez à cette inclination que j’ai pour vous depuis si longtemps. Tout ce que vous écrivez de votre fille est admirable ; je n’ai point douté que la bonne santé de la mienne ne vous consolât de tout. J’aurais eu trop de joie de vous apprendre la naissance d’un ))etit garçon ; mais c’eût été trop de biens tout à la fois, et ce plaisir que j’ai naturellement à dire de bonnes nouvelles,

LF.TTnKS

eût été jusqu’à l'excès. Je serai bientôt dans l’état où vous me vîtes l’année passée ; il faut que je vous aime bien pour vous envoyer ma fille par un si mauvais temps. Quelle folie de quitter une si bonne mère , dont vous m’assurez (|u’elle est si contente, pour aller chercher un homme au bout de la France ! Je vous assure qu’il n’y a rien qui cbo{|ue hint la bienséance que ces sortes de conduites. Je crois que vous aurez été touché de la mort de cette aimable duchesse. J’étais si affligée moj-méme, que j’aurais eu besoin de consolation en vous écrivant.

Ma fille me prie de vous mander le mariage de M. -de INevers * : ce M. de Nevers si difficile à ferrer , ce M. de Nevei-s si extraordinaire, qui glisse des mains alors qu’on y pense le moins; il épouse enfin, devinez qui? Ce n’est |K)int mademoiselle d’Houdancourt, ni mademoiselle de Grancei; c’est mademoiselle de Thianges jeune, jolie, modeste, élevée à l’Abbaye-aux-Bois. Madame de Montespan en fait les noces dimanche; elle en fait comme la mère, et en reçoit tous les honneurs, l.e Voi rend à M. de devers toutes ses charges ; de sorte que cette belle, qui n’a pas un sou, lui vaut mieux que la plus gi-ande héritière de France. Madame de Montespan fait des merveilles partout. Je vous défends de m’écrire : écrivez à ma fille,et làissez-moi la liberté de vous écrire, sans vous embarciuer dans des réponses qui m’ôteraient le plaisir de vous mander des bagatelles. Aimez-moi toujours, mon (îher Comte, je vous ([uitte d’honorer ma grand’ maternité ; mais il faut m’aimer, et vous assurer que vous n’ètes aimé en .nul lieu du monde si chèrement qu’ici.

Ne manquez pas d’écrire à madume de Brissac je l’ai

• PliMippc-Jiiliun M.izarini-Mancini, duc de Nevers.

s niaiie-Uabrii'Ilc de Damas, fdle de Claudc-Léonor, marquis de Tliianges, et de (iabrielle de Rochccliouart-Morlemar, sœur de madame de Monles|iaii.

5 Gabrielle-Louisc de Saint-Simon, ducliessc de Brissac, fille de Claude, duc de .Saint-Sininii, et de Diane-Henriette de Budos.

DF, MADAMK DE SF.VIGiAF.

.Mie aujourd’hui; elle est très affligée : elle m'a parlé du déplaisir qu’elle croit (|ue vous aurez en apprenant la mort de sa mère.

M..de Foix * est quelquefois à l’extrémité, quelquefois mieux ; je ne répondrai point cette année de la vie de ceux qui ont la petite- vérole.

Il y a ici un jeune fils du Landgrave de Hesse 2, qui est mort de la fièvre continue sans avoir été saigné : sa mère lui avait recommandé en partant de ne point se faire saigner à Paris ; il ne s’est point fait saigner, il est , mort.

Noirmoutier est aveugle sans ressource ; madame de Grignan peut reprendre toutes les vieilles réflexions qu’elle avait faites là-dessus. La cour est ici , et le roi s’y ennuie à tel point, qu’il ira toutes les semaines trois ou quatre jours à Versailles.

Le maréchal de La Ferté dit ici des choses non pal•eilles; il a présenté à sa femme le comte de Saint-Paul et le petit Bon ^ en qualité de jeunes gens qu’il faut présenter aux dames. Il fit des reproches au comte de Saint- Paul d’avoir été si longtemps sans l’ètre venu voir. Le comte a répondu qu’il était venu plusieurs fois chez lui, (|u’il fallait donc qu’on ne lui eût pas dit.

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