‹ Lettres de madame Sévigne, avec les notes de tous le commentateursChapitre 73 sur 132 · DU COMTE DE BÜSSY A MADAME DE SÉVIGISÉ · texte numérisé non relu

DU COMTE DE BÜSSY A MADAME DE SÉVIGISÉ

A Ch.iscii, ce 10 juillcl 1670.

Je suis bien aise, ma belle cousine , que vous confessiez

I Madame de Se'vigné avait alors quarantc-<|iialrc ans.

* « llenrielle, fdle de Charles |c, roi d’.\iinlelerre, pclile-flllc de Henri « le Grand, princesse chère A la France par son esprit et par ses grâces, « morte à la llenr de l'âge. » .Ainsi s'exprime Voltaire. Il a toujours cru sa mort naturelle, contre l'opinion de pres(|ue tous les contemporains, contre la prévention même que cette princesse manifesta au lit de mort, contre l'autorité de Saint-Simon et de madame de Bavière, seconde femme «le Monsieur. On peut voir à la hildiulhèipic de r.Arsenal une pièce mannserile de l'ii/ef, médecin du roi, et ipii appuie le seiilimenl de Voltaire.

DK MADAME DE SEVtDM;.

([lie VOUS avez ou tort. Cota mo marque un l)ou crrur, et ' m'ol)liV'o (lo trouvor (lue vous n’on avez pas tant que j’avais d’abord ponsé. l.a lotti'o (|uo je viens de reeevoir de \ous est aussi a<ïréa!)le que la préeédente l’était pou. Votre retour me parait si plaisant , que je vous permets encore de m’offenser, pourvu ([ue vous me promettiez une pareille satisfaction : aussi bien me mandez-vous que vous m’en devez encore de reste. HAtez-vous donc de me payer, afin (|ue nous soyons .bientôt quittes. Je meurs d’impatience d’ètre assuré que je n’essuierai jamais de mauvaise humeur de vous. Je ne vous ai point menti quand je vous ai dit que je savais que vous aviez des ennemis; premièrement , vous me l’aviez écrit dans votre Epitre chagrine ; mais, outre cela, on me l’a mandé d’ailleurs. Quoique votre modestie vous fasse dire que vous n’ètes ni jeune ni belle , et ((uoique vous ne vous puissiez sauver par-là si vous donniez lieu de parler , ce n’est pas sur cela qu’on a parlé de vous; mais je suis bien ridicule de vouloir vous apprendre ce qu’assurément vous savez avant moi : on ne maiMpie pas de ^ens, au pays où vous êtes, qui avertissent les amis des calomnies aussi bien (jue des vérités qu’on dit d’eux. Je ne vous en dirai donc pas davantage, sinon qu’à <piel- ([ues petits reproches près, dont vous m’avez un peu trop souvent fatiiiué , je vous trouve une dame sans reproche , et (|ue j’ai la meilleure opinion du monde de vous.

Cependant je vous assure que la mort de Madame m’a surpris et atïliiîé au dernier point. Vous savez combien a;j:réablement j’étais autrefois aveq elle. Toutes mes perst^ entions m’avaient encore attiré de sa part mille amitiés exti'aordinaires, que je vous conterai un jour. Si quehjue chose est capable de détacher du monde les ^ens qui y sont les plus attachés, ce sont les réflexions que fait faire cette mort. Pour moi, elle me console fort de l’état de ma fortune, (juand je vois que ceux ([ui peuvent faire enragçr les autres, et (jui ])ar leur "randeur sont à couvert des repià--

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' sailles, ne le sont pas des coups du ciel. Vivons seulement, ma belle cousine, et nous en verrons bien d’autres. Je suis tout revenu pour madame de Grignan, et ce que m’en dira M. de Corbinelli ne peut augmenter la tendresse que j’ai pour elle , à moins qu’il ne m’assurât qu’elle est brouillée avec son mari ; car, en ce cas-là, je l’aimerais mieux que ma vie. Adieu, ma belle cousine ; ne nous tracassons plus. Quoique vous m’assuriez que nos liens s’allongent de notre race, et qu’ils ne se rompent point, ne vous y fiez pas trop : il arrive en une heure ce qui n’àrrive pas en cènt. Pour moi, j’aime la douceur : je suis comme le frère d’Arnolphe, tout sucre et tout miel '

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