DE MAD.tME DE SÉVIGXf; Al! COMTE DE GRIGXAX
\ Paris, vciiilri'ili (6 janvier Di7(.
Hélas! je l’ai encore cette pauvre enfant, et quoi qu’elle ait pu faire, il n’a pas été en son pouvoir de partir le lo de ce mois, comme elle en avait le dessein. Les pluies ont été et sont encore si excessives, qu’il y aurait eu de la f(H lie à se hasarder. Toutes les rivières sont débordées ; tous les grands chemins sont noyés ; toutes les ornières cachées ; on peut fort bien verser dans tous les gués. Enfin la chose est au point que madame de Rochefort qui est chez elle
( Oti croil que Madcnioisolle épousa sccri'toniPiil Lau/.un. l'Iusieurs leltre.s de madame de SrHigné donnent la suite de celle Id.sloire. I.a Bruyère a pcinl le caractère du dur de I.auznn sous le nom de Stralon, chap. ÂTil de la cour.
* Maileleine de Civ.il, épouse du marquis de Hocherorl, depuis marèelial de France
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à la cainpugiie, qui brûle d’envie de revenir Paris , où son mari la souhaite, et où sa mère l’attend avec une impatience incroyable, ne peut pas se mettre en chemin, parcequ’il n'y a pas de sûreté, et qu’il est vrai que cet hiver est épouvantable. Il n’a pas gelé un moment, et il a plu tous les joui's comme des pluies d’orage. Il ne passe plus aucun bateau sous les ponts; les arches du Pont-iNeuf sont quasi comblées. Enfin , c’est une chose étrange. Je vous avoue que l’excès d’un si mauvais temps fait que je me suis opposée à son départ pendant quelques joure. Je ne prétends pas qu’elle évite le froid, ni les houes, ni les fatigues du voyage ; mais je ne veux pas qu’elle soit noyée. Cette raison, quoique très forte, ne la retiendrait pas présentement, sans le coadjuteur qui part avec elle, et qui est engagé de marier sa cousine d’Harcourt C Cette cérémonie se fait au Louvre ; M. de Lionne est le procureur. Le roi lui a parlé , je dis à M. le coadjuteur, sur ce sujet. Cette affaire s’est retardée d’un jour à l’autre, et ne se fera peut-être que dans huit jours. Cependant je vois ma fille dans une telle impatience de partir, que ce n’est pas vivre que le temps qu’elle passe ici présentement ; et si le coadjuteur ne quitte là cette noce, je la vois disposée à faire une folie, qui est de partir sans lui. Ce serait une chose si étrange d’aller seule , et c’est une chose ^ heureuse pour elle d’aller avec son heaufrère, que je ferai tous mes efforts pour qu’ils ne se quittent pas. Cependant les eaux s’écouleront un peu. Je veux vous dire, de plus, que je ne sens point le plaisir de l’avoir présentement ; je sais qu’il faut qu’elle parte; ce qu’elle fait ici ne consiste qu’en devoirs et en affaires : on ne s’attache à nulle société ; on ne prend aucun plaisir ; on a toujours le cœur serré ; on ne cesse de parler des chemins, des pluies, des histoires tragiques de ceux qui se sont hasardés. En un
* Marir-Aiis<Miqu('-lloiiri(>Ue de Lorraine, mariée le 7 février 1671 ,i Xngno-Alvarés Téréira de Mello, duc de Cadaval en l’orlngal. Sa mère était d’Ornano, sœur de la inére des MM de (îripnan.
DE MADAME UE SEVIG.\E. I ÔTi
mot, quoique je l’aime, comme vous savez, l’état oit nous sommes à présent nous pèse et nous ennuie. Ces derniers Jours-ci n’ont aucun agrément. Je vous suis très obligée, mon cher Comte, de toutes vos amitiés pour moi, et de toute la pitié que je vous fais. Vous pouvez mieux que nul autre comprendre ce que je souffre et ce que je souffrirai. Je suis fâchée pourtant que la joie que vous aurez de la voir puisse être troublée par cette pensée. Voilà les change- , rnents et les chagrins dont la vie est mêlée. Adieu, mon très cher Comte, je vous tue par la longueur de mes lettres, j’espère que vous verrez le fond qui me les fait écrire.