nu COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉVTG.NÉ
A Chascu, ce 23 février 1671.
Si votre lettre du mois de janvier me donna du chagrin tontre vous, ma chère cousine, celle que je viens de recevoir m’a donné bien de l’estime et de l’amitié pour vous. Je n’ai jamais vu un retour si sincère et si honnête que le vôtre, ni qui marquât un cœur si bien fait ; je ne doute pas, après cela , que vous n’ayi^ plus d'égards pour moi que vous n’en avez eu, et vous savez bien que, depuis ma faute contre vous et votre amnistie, on ne peut être plus net que je l’ai été,
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Au reste, ma chère cousine, ne craignez pas que mes lettres soient moins vives, quand vous ne serez pas aigre; je ne laisse pas d’étre assez animé avec ceux dont je suis content; mais si enfin vous me trouviez un peu fade, nous trouverons assez de gens qui méritent des coups de patte, sans nous en donner l’un à l’autre.
L’approbation que vous donnez à l’histoire de notre maison, mon ouvrage et l’éloge que vous faites de ma lettre dédicatoire, m’obligent de vous faire confidence de quelque chose de plus important à quoi je m’amuse; mais je vous demande le secret.
Pendant que j’étais dans la Bastille, je me mis dans la tête d’écrire mes campagnes; il y a trois ans que je trouvai ce travail assez beau pour me convier à l'étendre davantage, et faire ce qu’on appelle des mémoires.
Le roi sait ceci, et que je retourne à la cour, ou non, il le verra infailliblement ; peut-être que les actions de guerre qui sont diversifiées d’autres événements, et tout cela conté avec des tours assez singuliers, divertiront ce grand prince ; tant y a qu’en l’amusant je lui apprendrai, à n’en pouvoir douter, ce que j’ai fait pour son service ; et c’est là mon principal dessein.