r COMTK DK BUSSY
Pnris, le 10 ft^vricr 1071.
Mon Dieu, mon cousin, que votre lettre est raisonnable, et que je suis impertinente de vous attaquer toujours ! Vous me faites voir si clairement que j’ai tort, que je n’ai pas le mot à dire; mais je suis tellement résolue de m’en corriger, (pie, quand nosjettres désormais devraient être aussi froides qu’elles sont vives, il est certain (pie je ne vous donnerais jamais sujet de m’écrire sur ce ton-là. Au milieu de mon repentir, à l’heure ((ue je vous parle, il 5’ient
LETTRES
Kift
encore des aigreurs au l)out de ma plume; ce sont des tentations du diable que je renvoie d’où elles viennent. Le départ de ma fille m’a causé des vapeurs noires ; je prendrai mieux mon temps quand je vous écrirai une autre fois, et, de bonne foi, je ne vous fâcherai de ma vie.
Encore une fois, j’aime fort que vous vous amusiez à notre belle et ancienne chevalerie ; cela me fait un plaisir extrême. L’abbé (de Coulanges) vous prie de lui faire part de votre dessein : il a fait une litanie des Sçvigné, il veut travailler à nos Rabutin ; écrivez-lui quelque chose qui puisse embellir son histoire. Je ne trouve rien de si proche que d’être d’une même maison ; il ne faut pas s'étonner si l’on s’y intéresse, cela tient dans la moelle des os, au moins à moi. C’est fort bien fait à vous d’avoir tous nos titées, je suis hors de la famille, et c’est vous qui devez tout soutenir.
Adieu, mon cher cousin; écrivons-nous un peu sans nous gronder, pour voir comment nous nous en trouverons. Si cela nous ennuie, nous serons toujours sur nos pieds pour nous faire quelque petite querelle d'Allemand, sur d’autres sujets, cela s’entend. Ce qui me plaît de tout ceci, c’est que nous éprouvons la bonté de nos cœurs, qui est inépuisable.