LETTRE XXIII
Mon ami, en rentrant hier au soir à minuit, j'ai trouvé votre lettre. Je ne m'attendais pas à cette bonne fortune ; mais ce qui m'afflige, c'est le nombre de jours qui se passent sans que je vous voie. Mon Dieu ! si vous saviez ce que sont les jours, ce qu'est la vie dénuée de l'intérêt et du plaisir de vous voir! Mon ami, la dissipation, l'occupation, le mouvement vous suffisent, et pour moi, mon bonheur c'est vous, ce n'est que vous : je ne voudrais pas vivre, si je ne devais vous voir, et vous aimer tous les moments de ma vie. Donnez-moi de vos nouvelles, et venez
dîner demain chez le comte de C**\ Il m'a demandé de changer le dimanche en samedi : j'ai dit oui; mais venez-y, je vous en prie. Je devais dîner chez l'ambassadeur d'Espagne aujourd'hui : je me suis fait excuser; si vous aviez dû y être, je n'y aurais pas manqué. Bonjour. J'attends la lettre que vous m'avez promise ; je suis bien pressée.