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Samedi, onze heures du soir.
Voilà votre réponse : elle est telle que j'aurais pu la souhaiter, froide et modérée. Mon ami , nous allons nous entendre : mon âme est au ton de la vôtre ; cette lettre ne vous a point offensé ; vous en avez sûrement jugé à merveille ; vous avez eu sur moi l'avantage d'un homme raisonnable sur une créature passionnée ; vous étiez de sangfroid, et j'avais le délire : mais c'était la dernière crise d'une maladie effroyable , dont il vaudrait mieux mourir que guérir, parce que la violence des accès de cette fièvre flétrit et abat les forces du malheureux malade, au point de ne pouvoir plus se promettre du plaisir de l'état de convalescence ; mais en voilà assez , trop sans doute , sur ce que vous appelez mes injustices , et votre délicatesse. Mon ami, savez-vousce qui est délicat? c'est de n'avoir pas supprimé les six ou sept pages que vous m'aviez écrites avant que de recevoir ma lettre. Quelle supériorité la raison a sur la passion ! comme elle règle la conduite ! elle porte et répand la paix sur tout ; en un mot , elle a tellement de la mesure , que je dois vous rendre grâce aujourd'hui et de ce que vous me dites, et de ce que vous ne me dites point. Mon ami , votre lettre du vendredi est aimable : elle est douce , obligeante , raisonnable ; elle a le ton et le charme de la confiance ; mais elle est triste , et je suis fâchée que ce soit la disposition de votre âme. Je n'ai pas en moi de quoi vous distraire ; je n'ai pas même la force de vous parler ce soir : je suis trop souffrante ; si je puis , je reprendrai votre lettre pour le courrier de mardi. Adieu. Vous n'attendez plus de mes nouvelles ?