LETTRE XLI
v->ela seroit bien doux, bien aimable, si cela disoit que je vais vous voir; mais ce doute détruit l'impression sensible que j'aimerois tant à recevoir de ce que vous médites. Mon Dieu ! que vous troublez ma vie ! vous me faites éprouver dans l'espace d'un jour les dispositions les plus contraires : jesuis à-la-fois entraînéepar le mouvement le plus passionné, et puis glacée par l'idée que vous ne me répondez pas. Alors cette réflexion me donne de l'humeur contre moi, et pour retrouver un peu de calme, je m'abandonne au souvenir déchirant de ce que j'ai perdu. Bientôt après, mon ame se pénètre d'un sentiment plus doux, et je suis en état de m'occuper des momens de bonheur que j'ai goûtés en aimant. Toutes ces pensées qui devroient m'éloigner de vous, m'en rapprochent bien vite. Je sens que je vous aime, et assez pour ne pouvoir espérer de repos que dans la mort. C'est mon seul appui, le seul secours que j'attends, et dont je sens le besoin dans presque tous les instans de ma vie. Mon ami, vous avez mis du baume sur la petite plaie que je me suis faite hier au soir, puisque vous en avez remarqué le moment : cela prouveroit la vérité de ce que disoit M. d'Alembert, qu'il y a telle circonstance où la douleur n'est point douleur. — Oui, vous aurez avant minuit l'Eloge; je vais renvoyer chez l'archevêque de
Toulouse. Bonjour. Encore une fois, mon ami, c'est vous qui faites ma tristesse, mon silence, mon malheur; en un mot, c'est vous qui animez mon ame. et c'est elle qui m'entraîne. Je n'ose pas vous dire à quel point je vous aime.