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Lettres de Malaisie

^^^ livre fui écrit avanl que les Nord- Américains v-^ eussent évincé de Cuba et des Philippines les fonctionnaires espagnols dont l'administration fantaisiste lésait fort les autochtones. Les Yankees n'ont guère amélioré la situation des îles malaises, depuis leur victoire. Ils souhaitent les vendre au Japon pour épargner à sa flotte la gloire d'y aborder canons tonnants, avec un geste libérateur des indigènes révoltés. Bien qu'à Vexposition de Saint- Louis on ait pu voir, en 1904, les cavaliers et les fantassins de Manille évoluer en uniformes de

l'Union, avec leur leinl jaune el leur stature gracile, aux îles, la sécurité, sur les routes de V intérieur cesse à vingt kilomètres de la capitale, U insurrection reste maîtresse de la brousse, des forêts^ des fleuves et de V impénétrable montagne. Même les peuplades se dispersèrent que les moines avaient rassemblées et civilisées autour de leurs couvents. Des millions de dollars furent inutilement dépensés. La sauvage indépendance des Philippins demeure incoercible. C'est pourquoi, en dépit de ces changements historiques, la fable que l'on va lire n'a point perdu de sa vraisemblance.

Comme je V affirme plus bas, on ne saurait découvrir ici un idéal de société future. Plutôt ai-je voulu montrer Tune des formes possibles qu'eût revêtue, dans la pratique, l'évolution des efforts chers aux gens de 1848, à ceux qu'on nomma : « les Vieilles Barbes ».

Trop différente serait mon espérance d'avenir, espérance déterminée par les conceptions successives qui me possédèrent dès le temps de la philosophie. A u lycée, les encyclopédistes me séduisirent. Ils furent les éducateurs de ma justice. Mais l'esprit de Montesquieu me pourvut d'un libéralisme que

ne corrompit jamais mon goût des organisations phalanstériennes, qu*amplifîa mon jeune engouement pour Panarchie, et que seconda toujours mon entêtement jaloux de protéger le sol des Quirites, avec les armes de Marceau contre l'impérialisme anglais ou allemand.

Ce besoin de liberté fît de moi d'abord un socialiste chrétien; non que j'eusse pour les principes de l'Eglise une vénération inébranlable ; mais j'^ ai toujours admiré que les Cisterciens aient pu, sept ou huit siècles, appliquer, dans leurs couvents, les règles du communisme auquel aspire la Confédération du Travail, propager une langue internationale, le latin, édifier partout ces palais du peuple, les cathédrales, où les corporations tenaient séance, cil la fête de l'âne éclatait de rire, où les acteurs des mystères se grimaient, où le tocsin sonnait rappel aux armes, où l'on acclamait la naissance et r amour, où l'on déplorait la mort des plus humbles, où tous les trésors des arts étaient entassés pour la joie des yeux populaires, où les plus sublimes musiques du plain-chant et des orgues flattèrent la douleur humaine.

Se proclamer socialiste chrétien, vers 1881 ,

c'était dire son inclination vers l'affranchissement des travailleurs exploités par le capital, et son respect des intelligences anciennes, des tradition s qui formèrent le corps de nos connaissances, les causes de nos mœurs, la cohésion de nos races disparâtes. Deux épithètes jointes marquaient pour moi la tolérance libertaire à P égard de V innovation indispensable et de la tradition utile.

Déjà s'assurait ma foi dans le « Parallélisme DES Forces » nationales, de toutes les forces afin de les faire concourir à l'excellence générale par l'excellence de chacune. Aussi les premières manifestations anticléricales de Jules Ferry m'agacèrent. Comment diminuer, en République , la faculté d'apostolat? O était une entreprise monarchique au premier chef que cet écrasement par le Pouvoir de ses contradicteurs. On recommençait l'histoire de VEditde Nantes. Mon besoin de justice équilatérale faillit me jeter dans la réaction. A mieux raisonner, à longuement peser les choses, je conclus qu'il fallait prendre parti. La misère de l'ouvrier exigeait un secours plus prompt. Et mon socialisme l'emporta sur mon libéralisme.

Lorsque M. Naquet publia le Programme de

TourSj en ï 888, programme d'une république favorable an développement de toules les tendances, Je devins révisionniste, par logique, si médiocre que fût mon penchant pour le général Boulanger. A Nancy Je fus prêcher le socialisme libéral, le parallélisme des forces, notre répugnance pour la morale de F affaire Wilson, pour ces concussionnaires du Panama qui se révélaient. Le scandale de ce gigantesque pot-de-vin Justifia tout ce que le boulangisme avait tenté contre les amis de M. Constans.

De cette lutte Je sortis écœuré. Les manigances électorales m'avaient peu ravi. Bourgeois et plébéiens, réactionnaires et révolutionnaires me parurent trop éloignés de cette Vertu qui doit être le principe d'une République. Chasser toutes les cliques, f^ure table ras^ des institutions avilissantes, (but aballr£^ puis (^econstruirejquelque chose ensuite de moins abject : ce fut notre vœu de littérateurs anarchistes. La théorie des groupements, telle que la vantèrent Reclus, Kropotkine et Jean Grave, promettait au Parallélisme des Forces leur libre Jeu. Nous excusâmes Ravachol, Vaillant, et cet Emile Henry qui, frappant les consommateurs

du café Terminus, alteignii la stupidité du citoyen votant, seul coupable.

Malheureusement la timidité des compagnons nous déplut. Opposés à toute action efficace, désireux seulement de pérorer dans les estaminets, ils refusèrent toujours de risquer l'émeute sérieuse, même de s'armer. Nous cherchions des Armodius, nous ne trouvâmes que des braillards inoffensifs. Notre fièvre se calma. De nouveau nous nous vouâmes à la culture des lettres.

Quand surgit l'affaire Dreyfus, notre libéralisme ne toléra point une condamnation à huis-clos S sans preuves matérielles suffisantes. Que V accusé t>T fût coupable ou non, cela n'importait point. Uessentiel était que six militaires ne pussent, enfermés dans une chambre avec un septième, le déshonorer et renvoyer au bagne, sans contrôle. Il ne pouvait y avoir d'hésitation pour les disciples de l'Encyclopédie. La cause de la justice plus précieuse que la patrie, et la cause de la patrie plus précieuse que la justice suscitèrent un magnifique débat, honneur de ce pays. Zola, Jules Lemaître composèrent des pages impérissables et nobles semblablement. Car les deux thèses valaient d^étre défendues par les

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