VII
grands talents et par les meilleurs esprits. Elles le furent aussi malheareusement par des énergumènes, des imbéciles et des aigrefins. Au bout de F aventure il y eut la déchéance des Syveton et des Vadécard. Entre tous ces faux en écritures publiques, ces témoignages douteux, ces calomnies téméraires, ces fiches, ces espionnages, ces dénonciations.ces déguisements saugrenus, ces expertises bizarres, nous démêlâmes peu à peu qu'un officier arrogant et bavard, à la manière de tous les sémites favorisés par le sort, avait, un soir de bon dîner, trop franchement expliqué à certains convives mal connus, la mobilisation française; que parmi ces convives l'ami d'an espion se trouvait; que le propos fut transmis jusqu'aux ministères étrangers ; que l'observateur entretenu par nous, secrètement et à grands frais, dans Pun de ces ministères, avertit nos officiers de la communication imputée au capitaine Dreyfus; que r état-major du boulevard Saint- Germain, ainsi convaincu , tendit des pièges au militaire oublieux de sa prolixité, qu'Esterhazy chargé de découvrir une preuve écrite la fabriqua pour toucher quelque argent, et que les généraux osèrent tout afin de perdre celui qu'ils considéraient.
de bonne foi, comme un Irailre, el cela sans pouvoir même dire le nom de l'observateur secret nécessaire à la défense nationale. Ce drame, qui nous fît lutter plusieurs saisons, n'a jamais fourni à la logique le droit de tenir tous les officiers pour des ennemis de la République et de la justice. El quand les adversaires du nationalisme s'avisèrent en leur triomphe, d^écarter des hauts grades les capitaines brevetés, seuls généraux possibles, sous prétexte de cléricalisme, quand ils démunirent l'armée de ses moyens de combat dans l'unique intention d'affaiblir la situation des étals-majors, quand ils obéirent lâchement à r Allemagne et chassèrent M. Delcassé à qui donnèrent raison les événements de Casablanca, nous dûmes aussi protester contre ce simplisme. Il fallut évoquer Saint-Just faisant dresser la guillo- Une au camp du Rhin parce que Jour dan se refusait au passage du fleuve sous le feu des Impériaux. Il fallut se dire révolutionnaire à P exemple de Saint- Just et non à l'exemple de M. Hervé. Naguère au congrès socialiste d^Essen, M. Bebel fit une profession publique de chauvinisme qui reporte aux calendes l'illusion de réaliser prochainement nos vieilles espérances d' internationalisme européen.
Convié par M. Jaurès et la formule de Nancy à se prononcer, il déclara que la social -dénigçrç fie avail besoin, comme la bourgeoisie prussienne, d'un sol à elle, d^une pairie à faire la plus puissante et la plus belle de V univers. « Deutschland ûber ailes. » Un tonnerre d^ applaudissements collectivistes salua cette proclamation urbi et orbi.
// sied donc de voir V évidence et de renoncer à l'ère pacifique. Les deux conférences de La Haye si elles furent Voccasion, pour les petits Etats, de professer leur goût de F arbitrage, n enregistrèrent pas Vadhésion des cinq ou dix grandes patries belliqueuses et hostiles à ce principe. Entre ces deux réunions, les guerres du Transvaal et de Mandchourie, l'expédition contre les Boxers, ont fixé la mesure exacte à laquelle il convient de ramener l'influence de ces solennités diplomatiques. Elles ne garantissent rien que la souveraineté jalouse des aristocraties diverses et parfaitement rebelles à la reconnaissance dun tribunal suprême pour régler les litiges historiques.
Par conséquent, les contempteurs de Varmée agissent en utopistes naïfs. Le seul moyen de conserver la paix c'est de s'armer jusqu'aux dents
el de paraître si redoutables qu'on n'ose point nous attaquer. Toute autre opinion n'est que littérature. Les élections allemandes de 1907, provoquées sur la question exclusivement chauvine de l'expansion coloniale et de ses conséquences européennes, ont valu au chancelier prussien l'assentiment total el enthousiaste du peuple, et aux social-démocrates une défaite politique réduisant leurs élus de moitié. Aussi ne peut-on comprendre pourquoi M. Jaurès ici protecteur des ouvriers, ennemi des prêtres et de l'ancien régime, lutte si fougueusement en faveur des fanatiques marocains qui, dociles à leurs seigneurs féodaux, massacrent nos travailleurs et nos médecins, tâchant d'acquérir là-bas une clientèle grâce à laquelle nos usines mieux achalandées pourront servir des salaires importants à nos travailleurs métropolitains. Énigme singulière et véritablement insoluble. Loin de répudier les entreprises exotiques, les socialistes devraient les exiger puisque notre industrie rendue plus florissante par un large trafic satisferait des grévistes. Loin de répudier la guerre européenne, les socialistes doivent la souhaiter puisqu'au lendemain de la paix diplomatique ils se trouveront en armes pour tenter la Révolution,
seule chance d'approcher un peu V heure de la Justice sociale.
Mais, de même qu'on les a leurrés vingt-cinq ans, qu'on a trompé leur faim avec le gâteau de Vanlicléricalisme, de même la bourgeoisie radicale les bernera trente autres années avec le gâteau de Vanlimililarisme. Point de retraites ouvrières convenables, point de journée de huit heures, point d'assistance commode ni générale, mais Vexpulsion annuelle d^un quarteron de curés, mais l'incorporation des Saint-Cyriens dans la compagnie des pousse-cailloux. Naïfs les travailleurs se contentent de ces sempiternelles facéties. En somme, leur haine semble autrement vigoureuse que leur besoin. Ils préfèrent pâtir et voir leurs adversaires molestés plutôt que de vivre bien sans nuire à leurs ennemis.
Substituer à l'exaspération des haines politiques renseignement économique des échanges, des ressources, des facultés productrices, des concurrences inéluctables., et même génératrices de guerre ; pousser ces foules laborieuses à concentrer leurs efforts sur l'organisation des grèves généralisées progressivement, et déclarées à l'heure du bénéfice industriel; détourner de la politique, de l'anticléricalisme