‹ Lettres de maréchal de Saint-ArnaudChapitre 1 sur 21 · A PARIS · texte numérisé non relu

A PARIS

MICHEL LÉVT FRÈRES, UBRAIRES-ÉDITEURS

BDB VIVIEMME, 2

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ritables mémoires ; il en diffère en ce point que rhomme s'y montre sans préparation, avec le naturel, l'abandon, la simplicité des relations de la famille. Ces lettres auront donc le mérite de mettre en lumière le caractère vrai, les sentiments intimes, les idées de prédilection d'un horiime qui, ayant pris part à de grands événements politiques^ n'a pas toujours été épargné par la calomnie. A ce titre nous considérons cette publication comme un devoir, car elle sera la meilleure et la plus digne réponse aux faiseurs anonymes de biographies et de pamphlets.

Quand cette correspondance s'ouvre, le Maréchal est dans sa trente-troisième année. Il était né à Paris le 20 août ^798. Il est facile de reconnaître dans l'officier qui écrit à sa famille, l'homme jeune encore, mais qui a déjà connu le monde* v a vécu, souffert et réfléchi*

ritables mémoires ; il en diffère en ce point que rhomme s'y montre sans préparation, avec le naturel, l'abandon, la simplicité des relations de la famille. Ces lettres auront donc le mérite de mettre en lumière le caractère vrai, les sentiments intimes, les idées de prédilection d'un hoiàme qui, ayant pris part à de grands événements politiques^ n'a pas toujours été épargné par la calomnie. A ce titre nous considérons cette publication comme un devoir, car elle sera la meilleure et la plus digne réponse aux faiseurs anonymes de biographies et de pamphlets.

Quand cette correspondance s'ouvre, le Maréchal est dans sa trente-troisième année. Il était né à Paris le 20 août >I798. Il est facile de reconnaître dans l'officier qui écrit à sa famille, l'homme jeune encore, mais qui a déjà connu le monde^ v a vécu, souffert et réfléchi.

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11 avait eu le malheur, dès Tàge de cinq ans, de perdre son père, avocat au Parlement de Paris avant la Révolution, entré au Tribunat après le ^ 8 brumaire, et nommé par le premier Consul préfet du département de TAude.

Restée veuve à vingt-quatre ans, sa mère, née Papillon de la Tapy, s'était remariée en ^ 8^ ^ . Elle rendait à ses enfants le père qu'ils avaient perdu, en épousant un jeune magistrat, M. de Forcade la Roquette. Son nom vénéré reparaît souvent dans la correspondance.

Juge de paix à Paris pendant plus de trente ans, il a rempli cette magistrature avec une autorité et une distinction que le douzième et le premier arrondissement n'ont point oubliées.

Le jeune Leroy de Saint-Arnaud achevait ses études au lycée Napoléon, lorsqu'en >l 84 5, à peine âgé de dix-sept ans, il fut admis dans les

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gardes du corps du Roi, compagnie de Gramont. Ce premier pas dans Tarmée décida de sa carrière, mais en retarda le début sérieux. Dans un si jeune âge, loin de la guerre et des camps, la vocation militaire est un aliment de plus à Tardeur des passions naissantes. La vie brillante et dissipée des gardes offrait, à ce titre, plus d'un danger.

Dans les dernières années de sa vie, malgré les fatigues de la guerre d'Afrique, les pertes cruelles qu'il avait éprouvées, coup sur coup, dans sa famille, les ravages de la maladie qui devait abréger ses jours, le Maréchal avait conservé une physionomie expressive et distinguée, vrai type d'élégance et d'énergie militaires * . Qu'on se le représente à vingt ans, beau.

* Dans un ouvrage publié récemment sur la guerre et les hommes de guerre, M. L. Veuillot a consacré un chapitre au maréchal de Saint- Arnaud. Ayant passé six mois en Afrique en 1841 , auprès du maréchal Bugeaud, M. Veuillot eut occasion de voir]^M. de Saint- Arnaud, alors chef d<^ bataillon aux

spirituel, passionné, entraîné par un de ces caractères que l'obstacle irrite, et Ton ne s'étonnera pas s'il eut une jeunesse orageuse et s'il fut le héros de plus d'une aventure romanesque.

Un long séjour aux gardes aurait multiplié les écueils où risquait de se perdre cette nature

zouaves. Il le dépeint ainsi : « Je Tai vu un moment au début » de sa laborieuse carrière; et s'il y avait dans toute cette » jeune et belle armée d'Afrique un officier qui fût plus que » les autres le type de l'ardeur et de la bonne humeur mi- » litaire, c'était lui. L'intelligence brillait dans ses ^eux, » la plaisanterie française voltigeait sur ses lèvres. Il était » maigre, agile, ferme et vif dans sa démarche comme dans » ses discours, prompt à la conception, prompt à l'entre- » prise, capable de la tactique la plus savante et du plus hardi » stratagème. Voyez Saint- Arnaud, disait le Maréchal : c'est » l'homme qui peut aller partout et se faire suivre partout. » Il aura toujours toutes les qualités nécessaires dans le rang » qu'il occupera et toutes les ressources possibles dans le lieu » où il se trouvera. » (La Guerre et les Hommes de Guerre^ par M. L, Veuillot, page 322.) Tel était le Maréchal en 1841 , c'ast-à-dire à quarante-trois ans.

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ardente; M. de Forcade obtint que son beaufils passât dans un régiment d'infanterie.

Trop tôt las de la vie de garnison , le jeune officier se résolut, en ^822, à partir pour la Grèce qui commençait alors, contre la Turquie, cette guerre dont Fesprit du temps environna d'une sorte de prestige les premiers soulèvements.

On ne lira pas sans intérêt, dans quelques, documents placés à la fin du premier voluifie, les détails de cette première apparition du Maréchal en Grèce^ surtout, si Ton songe au rôle réservé plus tard en Orient à ce même officiel' français qui allait, volontaire en 4822, combattre pour Tindépendance hellénique.

Eclairé par les faits, il ne tarda pas à revenir d'une opinion trop facilement acceptée. Il décrit lui-même les impressions qu'il éprouve en arrivant dans l'Archipel et en débarquant à

Navarin. Il se présenta aux Éphores et parut devant le Sénat de Corinthe. Nul ne fit attention à ce jeune inconnu, qui devait être un jour le vainqueur de TAlma.

Après quelques escarmouches sous les murs de Modon , il partit, fut attaqué par des pirates grecs en quittant Navarin, et arriva à Salonique profondément guéri de son enthousiasme. Avant de revenir en France , il avait visité les villes principales du Levant : Constantinople, Smyrne, Gallipoli. Singulière destinée qui Ty ramène plus de trente ans après, à la tète de la plus belle armée française qui ait jamais paru en Orient!

Ce voyage ne fut pas le seul que le Maréchal entreprit dans cette première partie de sa jeunesse. Il parcourut Tltalie, séjourna en Belgique, habita l'Angleterre. Sa vive intelligence saisissait vite et jugeait bien. Il avait recueilli dans ses voyages un fonds d'instruction solide et d'intéressants souvenirs. Son esprit déjà cul-

tivé achevait de se former dans l'étude des littératures étrangères. Cette variété de connaissances lui fut plus d'une fois utile dans le cours de sa vie militaire.

11 raconte dans une de ses lettres que, simple lieutenant en garnison à Blaye, il traduisit en trois langues un opuscule du général Bugeaud sur l'art du campement, et lui fit hommage de sa traduction. Peu de jours après, le lieutenant était l'officier d'ordonnance du Général. Telle fut l'origine des relations devenues chaque jour plus étroites entre ces deux hommes, réservés tous deux aux plus hautes destinées militaires, et tous deux; devant succomber, à peu de distance, honorés d'universels regrets.

Souvent, pendant la durée de son dernier commandement, le maréchal de Saint-Arnaud étonna les officiers et les soldats anglais, enteur adressant la parole dans leur langue qu'il prononçait d'une manière remarquable.

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Le matin dé la bataille d'Alma, passant devant le front des troupes anglaises, il leur dit quelques mots qui furent accueillis avec enthousiasme, et Ton vit les soldats anglais sortir des rangs pour agiter autour de lui leurs chapeaux et leurs armes.

La révolution de Juillet, qui parut un moment donner îe signal d'une guerre européenne, surprenait en Angleterre le sous-lieutenant que le goût des voyages avait fait démissioniiaire en i 827. Il sentit se réveiller ses instincts militaires, revint en France, redemanda et obtint du service. Il fut envoyé, dans son grade, au 64* régiment de ligne en garnison à Brest.

Là, le mariage l'attendait avec le sérieux cortège de ses engagements et de ses devoirs. Il est rare que chez les bonnes natures, ce grand acte de la vie humaine ne soit pas l'heure marquée des résolutions fortes et des salutaires réformes. C'est à partir de cette époque que se

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développera sans înterhiption la carrière du futur Maréchal. Ofa en suit toutes lès phases dans la correspondance.

D'abord, lente et pénible, elle offre le spectacle de rintelligence et de la volonté aux prises avec Tobscurité des grades inférieurs; puis lorsqu'un veuvage prématuré, et le sentîmetit profond des devoirs qu'une double paternité lui impose, auront jeté dans les féconds labeurs de la guerre d'Afrique ce lieutenant plein d'ardeur et qui s'ignore lui-même, on s'attache avec un intérêt croissant à cette vie toute militaire de vingt années, qui s'avance rapide^ à travers les actions d'éclats, les décorations et les grades, poUr trouver une illustration dernière, hélas ! trop fugitive, dans l'expédition de Kabylie, le ministère, la bataille d'Alma, et une mort héroïque!

Des documents nortibreux ont déjà paru sur la guerre d'Afrique^ il n'en est peut-être point

qui présentent Tintérêt soutenu, les vives couleurs de la correspondance du Maréchal. Acteur et témoin tour à tour, il a pris part ou assisté aux faits qu'il décrit. Souvent, il les raconte sous Timpression du moment, avec une verve et une clarté, caractères habituels de son style, qui révèlent l'homme d'esprit, non moins que l'homme de guerre. Les sièges, les combats, les scènes de bivouac et de la vie des camps forment une suite de tableaux variés. C'est le vivant aspect de la lutte africaine.

Certaines lettres du recueil, tout entières aux sentiments de famille ou aux relations du monde, dévoilent la bonté de cœur du Maréchal, et ce charmant esprit de société, don précieux qui ne suppose pas le mérite , y supplée souvent, et rend aimable même la supériorité.

La carrière politique du Maréchal n'a pas été longue; elle a duré trois ans entre l'expédition

deKabylieetrexpéditionde Crimée. Mais, dans ce court intervalle, il a été mêlé à de si grands événements que le lecteur trouvera quelqu'intérét à voir se développer les tendances, l'instinct gouvernemental, les idées mûries dans Tombre de l'homme qui accepta le ministère de la guerre avant le 2 décembre.

Jusque-là, indifférent aux partis, étranger à la politique, général africain, mais resté en dehors du mouvement qui avait dépeuplé TAfrique de ses illustrations, on voit qu'il avait conservé vivace l'impression que lui avait laissée la révolution de ^ 848.

Acteur passager dans ce drame, il y avait senti l'action militaire entravée, dès le début, par les tergiversations d'une politique timide et mal inspirée; aussi jugeait-il les situations et les hommes sans préoccupation personnelle , mais par le souvenir de ce qu'il avait vu et entendu dans ces heures fatales. Ses réflexions

mi parfois la portée d'une prophétie; ses ap^ prédations sont courtes et vives. On reconnaît dans l'homme d'action aux allures décidées un patriotisme éclairé et sincère qui ne sait comprendre ni la société sans ordre, ni la France sans grandeur.

Un second mariage avait, en ^ 848, uni le Maréchal à la belle-sœur d'un de ses frères. Digne compagne d'un tel homme, elle l'avait suivi général en Afrique, elle le suivait encore en Orient, veillant sur sa santé, partageant ses émotions et ses fatigues,

La correspondance du Maréchal après \ 848 emprunte aux événements et à sa position en Afrique, des éléments nouveaux d'intérêt et de curiosité. Ce n'est plus le récit journalier des efforts sans cesse renaissants qu'il oppose au)^ lenteurs d'un avancement chèrement acheté; l'horizon s'est agrandi, l'homme s'est fait connaître et se connaît lui-n^êrne. Sa personnalité

se dégage à mesure que sa responsabilité s'élève.

On avait vu rbomme de guerre sortir, tout préparé aux grandes luttes, de cet apprentissa^ge où se forment en France, comme dans un creuset commun, le soldat et Toflicierj qn verra se préparer Thomme politique dans l'étude des ffiijts et la sévère méditation des maux de la patrie. Il ne sait pas dissimuler les sentiments qui l'animent, et fait parler ses antipathie^ comme ses préférences. Même à l'heure de 1% plus Hwte fortune, il laisse lire dans upe 4mQ que le snèpè? n's^ point enivrée.

Il est facile de saisir le moment où naît et se développe en lui le dévouement de conviction par lequel ij saura répondre, dans un jour suprême, à une auguste confiance. On ne tarde; pas à reconnaître à quel point ce dévouement est devenu la religion de son cœur.

Ces lettres ne sont donc pas uniquement le récit de la vie militaire du Maréchal, elles reflètent ses impressions de chaque jour, sous Tinfluence du présent, parfois sous celle du passé. Il revient, en effet, par de fréquents retours pleins d'intérêt et souvent d'élévation, sur les jours agités de sa première jeunesse.

On a dit souvent et avec raison que, pour juger un homme, il fallait attendre qu'il eut vécu. Quelques lettres du Maréchal témoignent à l'avance comment il saura mourir. Le chrétien s'y fait voir même avant l'heure sonnée de la transformation religieuse qui s'opère en lui. Sa foi touche par la simplicité même avec laquelle il en parle.

Le secret de sa mort, grande et simple, est dans cette force, sans laquelle le sentiment du devoir ne suffit plus à soutenir l'homme. Malgré de cruelles souffrances, sa confiance dans la vie égalait son énergie morale. Mais le cho-

léra décimant sous ses yeux la flotte et Farmée, mais Tincendie enveloppant un moment dans ses flammes toutes les resso^rces du camp de Varna, portent des coups funestes à cette organisation qui dominait les soucis du commandement. La lutte suprême a commencé. Elle remplit tout le mois de septembre qui devait être pour lui si glorieux et si fatal ! Ses dernières lettres fourniront la justification touchante de ces paroles écrites pour Thistoire et qui sont à elles seules tout un panégyrique : Le Maréchal... a semblé forcer la mort à attendre qtiil eût vaincu/...

Parlerons-nous du style général de ces lettres, et s'étonnera-t-on de rencontrer, çà et là, quelques locutions familières dans ces pages rapidement écrites et jamais relues? Elle portent le cachet de leur caractère, celui d'une causerie intime. Mais, nous le croyons, jugée dans son

^nsemble> cette correspondance est digne de l'homme qui a écrit le discours sur le maréchal Ney, le rapport stir la bataille d'AIma et les adieux à Farinée.

t^aris, le 4 9 mai 4855.

Ad. Leroy de Saint-Arnaud.

LETTRES

DU MARÉCHAL

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